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Sud-Kivu : la MONUSCO, les autorités et les communautés locales s’investissent dans un partenariat apaisé

Países
RD del Congo
Fuentes
MONUSCO
Fecha de publicación
Origen
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« Aujourd’hui, réfléchir à la restauration de la confiance veut dire que la confiance a été perdue, et, ce, à la suite de certains événements, de certaines déceptions ». C’est la déclaration faite par le maire de Bukavu, Meschac Bilubi Ulengabo, en recevant ses invités à un atelier de réflexion sur la restauration des relations de confiance et de collaboration entre la MONUSCO et la population dans la Province du Sud-Kivu.

Organisé du 30 au 31 août 2022 à Bukavu, cet atelier visait à servir de cadre de réflexion pour une analyse conjointe de la situation qui a conduit à une rupture de confiance entre la MONUSCO et les populations du Sud-Kivu, à la suite des récentes manifestations violentes dans certaines villes de l’est du pays pour demander le départ de la MONUSCO du territoire national. Les manifestants dénonçaient la persistance de l'activisme des groupes armés et des tueries enregistrées dans le pays depuis plus de deux décennies déjà.

Une centaine de personnes venues de différents territoires et du chef-lieu de la province du Sud-Kivu ont pris part à cet atelier. Parmi eux, deux anciens gouverneurs, des membres de l’Assemblée provinciale, des maires, des membres des services de l’ordre et de sécurité, des représentants des confessions religieuses, des chefs traditionnels dits « Bwami », des bourgmestres, des membres de la société civile et mouvements citoyens, des représentants des médias, des entrepreneurs, des membres des associations de jeunes, etc.

Le maire de la ville s’est dit convaincu que « l’approche analytique de diagnostic et de prospective choisie pour l’atelier a permis de creuser au plus profond de nos sentiments pour retrouver les causes, les facteurs explicatifs et aggravants, les conséquences, les défis, les perspectives à venir de la confiance perdue et de la collaboration entre la MONUSCO et les communautés locales du Sud-Kivu ».

En lançant l’atelier, Théo Ngwabidje, gouverneur du Sud-Kivu, a relevé que les populations ont été « excédées par les rebellions à rebondissements, par les nombreuses atrocités et les cris hallucinants dont elles sont les seules à payer le lourd tribut ». Cependant, poursuit-il, « tant il est vrai que l’expression de la colère populaire est un droit légitime, tant il est vrai aussi que nous devons traduire nos aspirations, la tête froide, dans le respect de l’ordre public et surtout des engagements pris par notre gouvernement ».

Causes de rupture de la confiance

Les structures de la société civile ont apporté leurs contributions dans la recherche des solutions à la crise de confiance entre la MONUSCO et les communautés locales. Rémy Kasindi, militant au sein du collectif AMKA Congo (Réveille-toi Congo) estime que « les incidents observés, que nous déplorons, devraient servir d’opportunité pour l’ouverture d’une voie et un chemin de compromis sur lesquels nous devrions nous remettre pour bâtir un pays plus fort qu’avant et développer de nouvelles garanties encore plus solides du vivre-ensemble pour la paix et le développement ».

Les participants ont aussi pointé du doigt le déficit de communication comme l’une des causes des récentes manifestations. Nene Bintu Iragi, vice-présidente du bureau de coordination de la société civile Forces Vives du Sud-Kivu affirme que ce déficit, elle l’a remarqué « entre gouvernement et MONUSCO, entre gouvernement et population, entre MONUSCO et population ». Cependant, « cette situation ne devrait pas demeurer ainsi, car si tout n’a pas été rose (..) tout n’a pas été noir non plus », a-telle indiqué.

Abondant dans le même sens, l’ancien vice-président de la Commission Electorale Nationale Indépendante et gouverneur du Sud-Kivu de 1998 à 2002, Norbert Bashengezi Katintima a souligné la nécessité pour la MONUSCO et le gouvernement de mieux communiquer de façon effective. C’est ainsi qu’il recommande la mise en place d’un « un cadre permanent de concertation » entre l’ensemble des acteurs concernés.

L’apport de la MONUSCO au Sud-Kivu salué

Par ailleurs, Norbert Bashengezi Katintima a tenu à souligner des points à l’actif de la MONUSCO que nombreux semblent oublier. Il a par exemple rappelé le travail et les contributions de la MONUSCO dans la résolution de certaines guerres et autres difficultés, notamment la guerre de Mutebusi au Sud-Kivu, le déploiement du matériel électoral et d’autres types d’appui au processus électoral (…). « La réunification du pays, c’est quelque chose de positif. Balayer ça d’un revers de main, ce n’est pas bon ».

Norbert Bashengezi a également souligné que la MONUSCO n’est pas à la base de l’insécurité, car cette dernière remonte à bien avant son arrivée. Bien plus, remarque-t-il, « il y a aussi nos actes administratifs » de création des entités administratives qui engendrent des problèmes, dont des problèmes de cohabitation entre communautés. Il s’est également interrogé sur le rôle des leaders politiques originaires des zones où il n’y a toujours pas de paix.

Souhaits pour un retrait ordonné de la MONUSCO

Marcellin Cishambo, un autre ancien gouverneur du Sud-Kivu, s’est voulu également réaliste, rappelant les réalisations de la MONUSCO. Pour lui, si la MONUSCO doit partir, « il faut trouver des solutions alternatives. J’appuie la MONUSCO, car elle nous a évité la dislocation [du pays] », a-t-il fait savoir.

C’est aussi le point de vue du professeur Philippe Kaganda, l’un des orateurs, qui s’est penché sur le contexte et les dynamiques politiques/sécuritaires de trois provinces de l’est de la RDC (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri) et les implications d’un retrait de la MONUSCO. Pour lui, il y a « un prisme de représentation de la population sur le rôle que doit jouer la MONUSCO, se trouvant pratiquement dans une situation de négation de l’Etat où on attribue la responsabilité de la sécurité nationale à la MONUSCO. Ce qui est un fait contradictoire ».

Selon Philippe Kaganda, « les manifestations anti-MONUSCO ont constitué un indicateur d’une crise de confiance entre cette mission des Nations Unies et les populations, mais que cette crise de confiance n’est pas uniquement la responsabilité de la MONUSCO mais beaucoup plus, dans ces relations systémiques entre les dynamiques internes, régionales et internationales ».

Il soutient également que « loin d’être une satisfaction proclamée par certains acteurs, le retrait de la MONUSCO est un appel à la responsabilité de l’Etat et de toutes les forces sociales et politiques. ». Il a conclu en indiquant « qu’il n’y a pas réussite de la MONUSCO sans amélioration de la gouvernance, sans amélioration de l’Etat congolais dans sa structuration, sans participation des communautés à cette cause commune qui est la paix et la sécurité. »

Pour sa part, Cécilia Piazza, cheffe de Bureau de la MONUSCO Sud-Kivu, reconnaìt qu’aucune entreprise sociale ne peut produire de résultats positifs durables sans la confiance entre partenaires. A son avis, « un nouveau bail de confiance doit être fondé sur une évaluation objective, inclusive et participative du contexte sécuritaire de l’est de la République démocratique du Congo, des objectifs du processus de transition progressive, coordonnée et responsable de la MONUSCO ».

Le processus de retrait de la MONUSCO a été expliqué par Essoh Essis, coordonnateur de la section des Affaires Civiles de la MONUSCO. Il s’est étendu sur le plan de transition, adopté par le gouvernement congolais et la MONUSCO et en a expliqué les 18 jalons ou conditions pour un retrait responsable de la Mission onusienne de la RDC.

Initialement, la stratégie convenue entre le gouvernement de la RDC et la MONUSCO envisageait le retrait de la Mission onusienne à l’horizon 2024. A la suite des événements de juillet-août 2022, une réunion interinstitutionnelle présidée par le chef de l’Etat congolais a chargé le gouvernement d’organiser une réunion avec la MONUSCO en vue de réévaluer le plan de retrait.

Notons que tous ces échanges, débats et travaux en carrefour ont débouché sur un certain nombre de recommandations, une trentaine au total, qui touchent à la fois le secteur de la sécurité, la protection des civils et la restauration de l’autorité de l’Etat. Parmi celles impliquant la MONUSCO, il y a celle qui souligne « que la MONUSCO, dans le cadre de son mandat, renforce l’appui qu’elle octroie aux FARDC ». Un autre appui est celui que la MONUSCO et les agences, fonds et programmes des Nations Unies doivent apporter pour « promouvoir et favoriser un retour paisible des personnes déplacées et des réfugiés, ainsi que la cohabitation pacifique entre les communautés dans le Sud-Kivu ».

Il est demandé aussi, entre autres, « que le gouvernement de la RDC, avec le concours de la MONUSCO et des autres partenaires de la RDC, travaillent pour rendre effectif le programme P-DDRCS (Désarmement, démobilisation, réinsertion communautaire et sociale) des ex-combattants ».