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Étude de perception des communautés sur la sécurité et la gestion des frontières dans le Nord-Est de la Côte d’Ivoire (région du Bounkani) | Une étude de l’OIM Côte d’Ivoire, janvier 2022

Countries
Côte d'Ivoire
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Sources
IOM
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RÉSUMÉ EXECUTIF

C’est dans le cadre de la mise en œuvre du projet « Renforcer la sécurité frontalière et la résilience des communautés frontalières dans le golfe de Guinée » que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), avec l’appui du Ministère fédéral allemand des affaires étrangères, a initié l’étude de perception des communautés frontalières de la Côte d’Ivoire avec le Burkina Faso sur la sécurité et la gestion des frontières. L’étude a consisté à analyser la perception des membres des communautés de Doropo et de Nassian dans la région frontalière de la Côte d’Ivoire avec le Burkina Faso sur le niveau de sécurité dans leur localité, y compris leur appréhension des menaces et tensions, leurs capacités de résilience face à l’insécurité, leur implication dans la sécurité (information, collaboration avec les forces de défense et de sécurité) et la coopération entre elles, les autorités ainsi que les forces de défense et de sécurité.

L’enquête terrain a été conduite en décembre 2021 auprès d’un échantillon de 240 individus dont la répartition, prenant en compte la taille de la population donne 199 individus à Doropo et 41 à Nassian. Cette collecte de données quantitatives a été utilement complétée par des entretiens avec 14 personnes ressources et l’animation de focus groups.

De façon générale, la quasi-totalité des enquêtés (98,6% dont 100% à Doropo et 92,7% à Nassian) appréhende la frontière comme une ligne imaginaire qui sépare deux États souverains. Les limites frontalières sont connues par 73,8% des enquêtés. Les enquêtés, dans leur majorité, estiment que la frontière sert à marquer la séparation entre deux États. Cependant, une proportion importante de la population estime aussi que l’existence des frontières permet d’assurer la sécurité des populations (65,9%) et de surveiller les entrées et les sorties (54,5%).

L’étude révèle une fréquence de la traversée de la frontière plus élevée à Doropo (59,3%) qu’à Nassian (19,5%). Cette traversée de la frontière est motivée par des raisons familiales (59,4%), d’accès aux services sociaux de base (44,1%) et pour des raisons commerciales (43,6%).

La majorité des enquêtés (70,4%) estime se sentir en sécurité dans la zone en raison de la présence des FDS qui assurent des patrouilles. Néanmoins, il faut noter qu’une proportion non négligeable (29,7%) des enquêtés déclare ne pas se sentir en sécurité en raison des menaces terroristes, les braquages à domicile et les coupeurs de routes.

Les principaux problèmes sécuritaires transfrontaliers auxquels les villages sont confrontés restent le vol du bétail (50,8%), les attaques des bandits armés (33,4%) et la contrebande (14,7%). D’autres problèmes tels que les incursions de groupes armés terroristes, les trafics et les braquages sont également évoqués.

Dans la zone d’enquête, les bandits armés (89,1%), les trafiquants (27,4%) et les terroristes (17,7%) constituent les principaux groupes armés connus des enquêtés. Les attaques contre les FDS (79,3%) et l’usage d’engins explosifs (20,6%) sont les principales activités des terroristes connues de façon générale par ceux qui ont déjà entendu parler du terrorisme.

Les principales raisons évoquées qui peuvent pousser les populations à commettre des actes terroristes ou criminels sont liées à la pauvreté (79,3%), à l’oisiveté (41,3%) et à l’opposition aux autorités (20,6%). Il existe chez presque tous les enquêtés (89,6%) ce sentiment que leur localité n’est pas à l’abri des menaces terroristes. La principale raison avancée est la proximité des localités avec le Burkina Faso où le terrorisme est déjà prégnant.

Pour faire face aux menaces terroristes, les enquêtés proposent la sensibilisation des jeunes (88%), les appuis financiers au profit des jeunes pour qu’ils s’engagent dans des activités économiques (86,3%), la collaboration et la coopération de la population avec les FDS et les autorités (69,4%) et l’implication des leaders communautaires (chefs de villages, religieux, etc.) dans les décisions (73,3%).

Les forces de défense et de sécurité présentes à la frontière sont constituées selon une majorité d’enquêtés de gendarmes (97,6%), de militaires (76,3%), de policiers (76,2%), de douaniers (76,1%) et de forestiers (46,4%). 64,5% de la population a déclaré qu’il existe des passages de patrouilles tout au long de la frontière.

De façon générale, 66,3% des personnes enquêtées ont déclaré se sentir concernés par la gestion de la sécurité de la frontière, les enquêtés étant convaincus que les autorités ne peuvent pas assurer seules la sécurité (90%) et la communauté est la première exposée (80%).

Cependant, 37,8% des enquêtés trouvent que la participation de la communauté à la gestion de la sécurité de la frontière est moyenne. Pour les enquêtés, cette implication de la communauté devrait se traduire par des actions comme la collaboration avec les autorités à travers la veille et l’alerte.

Pour les enquêtés, les préfets et les sous-préfets (56,8%), les FDS (28,8%), les leaders religieux et coutumiers (27,2%) sont les principaux acteurs qui sont censés informer la communauté des questions de sécurité liées à la frontière. Cependant, une proportion importante des enquêtés estime que la communauté n’est pas très informée sur toutes les questions de sécurité de la frontière. Le renforcement de la sensibilisation et de l’information (86,1%), la création d’un comité de veille et d’alerte (71,1%), une présence plus importante des autorités (54,1%) et l’organisation de formations (20%) sont les actions suggérées par les enquêtés pour mieux impliquer la communauté dans la gestion de la sécurité de la frontière.

Les chefs coutumiers (84,4%) ont été cités majoritairement par les enquêtés comme les personnes intermédiaires entre les communautés locales et les autorités en matière de communication sur la sécurité frontalière. D’autres personnes intermédiaires ont été citées notamment les chefs religieux (24,6%) et l’administration publique locale ou les Organisations de la Société Civile (OSC) (14,7%). Les responsables des organisations des jeunes sont également évoqués. Les rencontres (60,7%) et le téléphone (58,1%) constituent essentiellement les moyens et mécanismes que la population utilise pour communiquer avec les autorités/FDS.

Les mécanismes d’alerte utilisés jusqu’ici ne sont pas suffisants pour garantir la sécurité de la frontière selon la moitié de la population. Pour cela, elle préconise la création d’un cadre de concertation entre autorités/FDS et communautés (73,2%), l’organisation des visites régulières des autorités/FDS au village (70,3%), la création d’un comité local de prévention et d’information (67,4%) et l’utilisation des radios communautaires (44,5%).

Des données de terrain révèlent que 56% des enquêtés estiment que les moyens de sensibilisation utilisés ne sont pas utiles ou pertinents. En outre, pour 65% des enquêtés, les moyens de sensibilisation utilisés sont insuffisants. Ils préconisent des moyens supplémentaires dont des séances de sensibilisation en présentiel (83,2%), l’utilisation des radios communautaires (55,6%) et les affiches (30,9).

La relation entre la communauté et les agents de la sécurité à la frontière est jugée au moins bonne par 38,9% de la population enquêtée et mauvaise par 19,1% des enquêtés.

Selon les enquêtés, des différends existent entre la communauté et les FDS dont les motifs sont les amendes (sans que les enquêtés ne précisent si ces amendes sont justifiées ou non), la saisie des marchandises et des objets et l’interdiction de passage (notamment en cas d’absence de papiers du véhicule). Par contre, la relation entre les autorités administratives ou politiques et la communauté est bien appréciée par les populations. En effet, 77,6% des enquêtés ont déclaré que la relation est satisfaisante ou très satisfaisante.

Dans la zone d’étude, les enquêtés estiment que les principales sources de conflit sont la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs (42,3%), le foncier (19,7%) et les élections locales (18,6%) et. Une large majorité des enquêtés (60,9%) a déclaré qu’il existe des mécanismes de prévention des conflits dans le département de Nassian contre 33,6% dans le département de Doropo. Les chefs coutumiers (96,7%), les autorités religieuses (29,3%) et les responsables de l’administration locale (22,1%) sont les principaux acteurs de mise en œuvre des mécanismes de prévention des conflits. La population apprécie positivement les mécanismes de prévention existants. 86,2% des enquêtés ont déclaré être au moins satisfaits de l’efficacité des mécanismes de prévention mis en place.

De plus, les enquêtés estiment que les principales menaces sécuritaires pouvant induire un déplacement massif de populations en situation de crise seraient les conflits armés (80,8%) et les attaques terroristes (53,8%). Il existe également des causes secondaires telles que les épidémies et les catastrophes naturelles.

Plus de la moitié (50,6%) de la population a déclaré que leur communauté est préparée à accueillir un flux important de personnes déplacées. Cette perception est beaucoup plus importante à Nassian (82,9%) qui a de l’expérience avec la crise de 2002, crise au cours de laquelle la population a activement été impliquée dans l’accueil, l’hébergement et la prise en charge alimentaire des déplacés.

Face à des situations d’urgence, les enquêtés estiment que les principaux types de mesures que les autorités devraient entreprendre sont (i) secourir les malades et blessés (60,3%), (ii) l’accueil des populations déplacées (56,8%), (iii) la prise en charge immédiate des personnes déplacées (56,1%), (iv) la mise à disposition d’équipements d’urgence (53,3%), (v) sécuriser la zone d’accueil (52,8%). Quant aux communautés locales, les principales actions qu’elles devraient prendre consistent à informer rapidement les autorités locales (69,3%), organiser l’accueil de la population déplacée (57,7%) et rester vigilant (43,9%).