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RDC. L’escalade militaire avec le Rwanda est dévastatrice pour la population civile

Pays
RD Congo
Sources
Amnesty
Date de publication
Origine
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Les belligérants doivent veiller à ce que les civil·e·s soient protégés alors que des combats opposent dans la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), le Mouvement du 23 mai (M23) à l’armée congolaise soutenue par les soldats de maintien de la paix de l’ONU, a déclaré Amnesty International le 21 juin 2022.

« Sur fond de résurgence du M23, l’escalade militaire dans l’est de la RDC a des conséquences dévastatrices pour les civils pris entre deux feux. Toutes les parties au conflit doivent respecter strictement les règles du droit international humanitaire, notamment en faisant tout leur possible pour garantir la sécurité de la population », a déclaré Deprose Muchena, directeur pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International.

D’après l’ONU, les combats entre l’armée congolaise et le M23 ont fait 23 morts, dont trois enfants, parmi les civil·e·s depuis le mois de mai 2022.

« La population a déjà souffert des derniers combats émaillant ce conflit, plus de 80 000 personnes ayant fui leur foyer depuis que les affrontements ont repris en avril 2022. Certaines sont parties en Ouganda, d’autres sont déplacées à l’intérieur du pays. Les autorités congolaises et toutes les parties prenantes au niveau régional et international doivent remédier rapidement et durablement à cette situation des droits humains qui se dégrade, dans le respect du droit international. »

Depuis la réapparition du mouvement M23 en novembre 2021, les tensions s’intensifient entre les gouvernements de la RDC et du Rwanda. Ces derniers jours, les attaques verbales et physiques ciblant des personnes désignées comme des « Rwandais » ou des « Tutsis » se propagent sur Internet en RDC.

Les autorités congolaises, l’ONU et plusieurs institutions en RDC et à l’étranger ont vivement dénoncé ces appels à la haine.

« Nous saluons la position claire des autorités congolaises contre la haine et la violence. Elle doit s’accompagner de mesures concrètes visant à protéger efficacement toutes les personnes sans discrimination et à amener toute personne impliquée dans l’apologie de la haine et de la violence à rendre des comptes. Les réseaux comme Twitter, Facebook et TikTok doivent agir rapidement pour stopper la propagation des appels à la haine sur leurs plateformes », a déclaré Deprose Muchena.

Complément d’information

L’est de la RDC est le théâtre de conflits armés depuis les années 1990. Les violences se sont intensifiées ces dernières années : plus de 7 380 civil·e·s ont été tués entre 2017 et avril 2022, selon le Baromètre sécuritaire du Kivu.

Le président Félix Tshisekedi a instauré l’état de siège – comparable à l’état d’urgence – dans la province du Nord-Kivu depuis mai 2021, en vue de limiter les violences. Or, l’insécurité s’est accrue et Amnesty International a constaté que les autorités se servent de l’état de siège pour restreindre l’exercice des libertés d’expression et de réunion pacifique, et commettre d’autres violations des droits humains en toute impunité.

Les attaques du mouvement M23 dans le Nord-Kivu ont repris en novembre 2021, huit ans après que le groupe a essuyé une défaite militaire face aux Forces armées de la République démocratique du Congo et la Brigade d’intervention de l’ONU. Il revendique notamment l’application par le gouvernement de la RDC de l’Accord de Nairobi de 2013, qui accordait l’amnistie aux membres du M23 et prévoyait leur rapatriement en RDC.

Le gouvernement de la RDC accuse le Rwanda d’agression en se servant du M23 comme intermédiaire et le président de l’Assemblée nationale de la RDC a été cité dans les médias comme accusant l’Ouganda de s’être rangé du côté du M23 et du Rwanda lors de la bataille de Bunagana au Nord-Kivu, le 13 juin 2022. En retour, le Rwanda accuse la RDC d’agression et de collusion avec les membres de la rébellion hutu rwandaise des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) actifs dans l’est de la RDC, qui englobent d’anciens membres de la milice Interahamwe (« Ceux qui combattent ensemble ») et d’anciens soldats rwandais responsables du génocide rwandais de 1994, ainsi que des combattants qui n’ont pas participé au génocide, car beaucoup sont trop jeunes.

Lors d’un sommet organisé à Nairobi le 20 juin, des chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est, dont Félix Tshisekedi de la RDC, ont appelé tous les groupes armés de l’est de la RDC à cesser les hostilités et ont ordonné un cessez-le-feu immédiat. Ils ont approuvé le déploiement d’une force régionale dont la mission serait de désarmer les groupes armés locaux et étrangers qui ne le font pas volontairement.