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République centrafricaine : Rapport de situation, 15 juillet 2022

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CAR
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OCHA
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FAITS SAILLANTS

  • Après plusieurs années de déplacement, les acteurs humanitaires et de développement aident les personnes déplacées et les réfugiés à reprendre une vie normale.

  • Avec 50% de la population ne mangeant pas à sa faim, la RCA compte l’une des plus grandes proportions de personnes en situation d'insécurité alimentaire critique dans le monde.

  • L'accès à l'eau potable : une lutte au quotidien.

  • Les acteurs humanitaires ont fourni au premier trimestre 2022 une assistance à 447 000 personnes, soit 22,3% de la cible.

  • La communauté humanitaire en RCA planifie d’assister 2 millions de personnes en 2022. 461,3 millions de dollars américains seront requis.

L’assistance qui sauve des vies

1,3 million de Centrafricains ont reçu en 2021 une assistance vitale multisectorielle à travers 54 projets financés par le Fonds humanitaire pour la République centrafricaine (FH RCA), un mécanisme commun de financements de l'aide d'urgence. Parmi eux, Abella Sessepou, âgée de 23 ans, qui a fui son village de Ouaka 1, situé à 85 km d'Ippy pour se réfugier sur le site des déplacés d'Etomane à Ippy. Elle est mère de deux enfants dont un est né prématurément et bénéficie de soins gratuits pris en charge par l'ONG Médecins du Monde France (MDM-F) grâce à un projet d'aide d'urgence financé par le FH RCA.

« Notre maison a été incendiée. Quand on s'est déplacés, on a tout perdu. Je ne sais pas dans quelle direction mon mari est parti. A ce jour, je n'ai aucune nouvelle de lui. J'ai trouvé refuge sur le site d'Etomane avec mon fils. Etant aussi enceinte, j'ai bénéficié de l'assistance de l'ONG MDM. J'ai suivi les consultations prénatales, les soins et les analyses jusqu'à l'accouchement. Tout était gratuit. Mon bébé est né prématuré à sept mois et demi. Il est toujours sous surveillance médicale au centre de santé d'Ippy. Heureusement les soins et la nourriture sont gratuits », explique Abella. Comme elle et sa famille, 602 000 Centrafricains sont actuellement déplacés à l'intérieur du pays, tandis que 738 000 autres ont trouvé refuge dans les pays voisins fuyant les affrontements violents qui durent depuis plus d'une décennie.

« Sur le site, les conditions de vie sont difficiles. Nous avons plusieurs besoins, mais au moins pour les soins de santé, je suis rassurée car l'apport de l'ONG MDM a permis de sauver la vie de mon fils. Je ne saurai pas quoi faire si je devais payer les soins, car je n'ai pas de moyens », confie-t-elle. C'est l'inquiétude de plusieurs Centrafricains pris au piège du conflit.

Un outil de financement flexible

Dans son schéma classique, le cycle de programmation humanitaire permet une compréhension commune des besoins les plus urgents ainsi que les priorités et paramètres de la réponse stratégique de la communauté humanitaire. Cependant, le niveau de mobilisation de fonds dans le cadre du Plan de réponse humanitaire ne suit pas toujours le niveau des besoins, en particulier en cas d'urgences soudaines. C'est là que le recours au Fonds humanitaire, grâce à la générosité de ses donateurs, permet à la communauté humanitaire de couvrir à temps, efficacement et d'une façon concertée et coordonnée des besoins vitaux sous-financés et des urgences soudaines.

C'est dans ce cadre que 23,3 millions de dollars américains ont été alloués en 2021 à 35 organisations humanitaires en RCA (agences des Nations Unies, ONG nationales et internationales) pour répondre aux besoins les plus urgents de 1,3 millions de Centrafricains dans les domaines de la sécurité alimentaire, la protection, la lutte contre les violences basées sur le genre, la santé ainsi que de l'eau, l'hygiène et l'assainissement.

Pour plus de détails sur les activités du FH RCA en 2021, accédez au rapport annuel (en anglais)ici:

Trouver des solutions durables au déplacement

La République centrafricaine (RCA) est ravagée par des conflits et la violence depuis des décennies. Une grande partie des 4,9 millions de centrafricains ont été traumatisés par le déplacement, souvent à plusieurs reprises. Malgré la crise actuelle, les acteurs humanitaires et de développement travaillent main dans la main avec le gouvernement pour permettre aux personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI) et aux réfugiés en RCA de reprendre une vie normale, lorsque les circonstances le permettent.

La solution durable au déplacement est le terme clé. Cela signifie quitter les sites de déplacement et mettre fin à la dépendance à l'aide humanitaire. Une solution durable, lorsqu'elle est atteinte, signifie que les gens n'ont plus besoin d'assistance et de protection spécifiques liées à leur déplacement. Les solutions durables comprennent le retour volontaire dans son foyer ou lieu de résidence, la réinstallation dans une autre partie du pays ou l'intégration dans la communauté d'accueil. Les PDI et les réfugiés ont souvent besoin de soutien dans leurs efforts pour trouver une solution durable. Si les acteurs humanitaires font du bon travail pour répondre aux besoins urgents et immédiats des PDI et des réfugiés, l'engagement des partenaires des secteurs du développement, de la paix et de la sécurité est nécessaire pour mettre en œuvre des solutions durables.

Le village intégré

À Pladama Ouaka, une municipalité rurale située à environ 10 km de Bambari, dans la Préfecture de Ouaka, les anciennes PDI commencent actuellement une nouvelle vie. De janvier à février 2022, 490 familles ont déménagé à Pladama Ouaka avec le soutien des agences humanitaires et de développement, et des autorités locales. Elles avaient fui les violences dans différentes régions du pays et avaient vécu dans un site de déplacement à Bambari pendant des années jusqu'à ce qu'il soit incendié en mai 2021 et que les PDI soient obligées de quitter le site. De nouveau déplacées, elles se sont installées dans la mosquée, d'où elles ont de nouveau été expulsées, et dans différents quartiers de Bambari, où elles vivaient dans des conditions très difficiles et étaient également exposées à des risques de protection et à des épidémies. Dans ce contexte difficile, il fallait trouver une solution durable.

Les autorités locales ont identifié Pladama Ouaka, une communauté de 50 000 personnes, comme le lieu idéal pour une réinstallation volontaire. Environ 1 000 familles ont accepté presque immédiatement de s'y installer. Dans un premier temps, 490 familles ont été soutenues dans leur réinstallation par différentes agences des Nations Unies, notamment l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Programme alimentaire mondial (PAM), l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), différentes ONG dont ACTED, AID, APADE, HOPIN, Humanité et Inclusion (HI), Intersos, International Medical Corps (IMC), Médecins Sans Frontières (MSF), Tearfund, Triangle, World Vision et les autorités locales.

La route de 10 km partant de Bambari a été réhabilitée pour faciliter l'accès et renforcer la sécurité grâce à des patrouilles de police, et quatre nouveaux quartiers ont été délimités à Pladama Ouaka. Après une phase initiale, où les gens se sont installés dans des abris de transition, des maisons sont maintenant construites en briques et en paille, une pour chaque famille avec une toilette par ménage.

"Je suis tellement heureux d'avoir une maison car un homme sans maison est considéré comme un moins que rien dans la communauté", déclare Ibrahim Hassan, qui était déplacé depuis 10 ans après avoir fui Kouango en 2012, et qui fait partie des premières familles qui s’apprêtent à emménager dans les nouvelles maisons en briques de Pladama Ouaka. "Cette maison et le grand lopin de terre me rendent la dignité que j'avais avant le conflit. Ils me donnent la force de me lever chaque matin, d'apporter de la nourriture à ma famille et de vaquer à mes occupations. L'avenir de mes enfants sera rempli de joie et non de douleur, ce qui me rend très heureux", déclare ce père de sept enfants.

Un hangar supplémentaire a été construit au centre de santé local et un bâtiment scolaire a été réhabilité. Des fournitures scolaires et du matériel didactique ont été distribués aux enseignants et aux élèves, et des bancs et des tables pour l'école vont suivre. Deux forages ont été réalisés dans le village intégré et un troisième est prévu. Les structures de gestion communautaire sont également renforcées pour résoudre les conflits et favoriser la cohésion. Les autorités locales ont alloué des terres agricoles aux nouveaux habitants afin de soutenir leurs moyens de subsistance. Les partenaires de la sécurité alimentaire ont distribué des kits de jardinage pour les aider à cultiver des légumes.

Des fonds supplémentaires, estimés à 5 millions de dollars américains, sont maintenant nécessaires pour faciliter la relocalisation et l'intégration dans la communauté de 436 autres familles de PDI, soit 1 459 personnes, qui ont exprimé leur souhait de quitter Bambari pour Pladama Ouaka. Les acteurs humanitaires et de développement sont en train de mobiliser des fonds.

Réinstaller une ville entière

En mai 2022, un projet similaire de solutions durables a été lancé à Bria, dans la Préfecture de Haute-Kotto, où se trouve le plus grand site de PDI du pays. 37 000 PDI vivent dans un camp situé à 3 km de la ville (PK3), dans une commune qui compte 75 000 habitants. Beaucoup d'entre elles ont fui la violence et l'insécurité du centre de Bria pour se rendre sur le site en 2017 et 2018. Depuis 2021, la situation sécuritaire à Bria ne cesse de s'améliorer et les autorités étatiques, notamment la police, les forces armées et la justice sont revenues. Aujourd'hui, les partenaires humanitaires et de développement ainsi que les autorités préfectorales soutiennent le retour des 150 premières familles du site PK3 dans deux quartiers de Bria. Ils fournissent des matériaux de construction pour reconstruire les maisons en ruines. Des presses à briques sont disponibles pour que les gens puissent fabriquer leurs propres briques et construire leurs maisons. L'année dernière, l'ONG OXFAM a réalisé 10 forages d’eau dont bénéficient désormais les nouveaux retournés. Bien qu'il reste encore beaucoup de travail à faire avant de trouver des solutions durables pour les 37 000 PDI sur le site PK3 - reconstruire les maisons, les écoles, les puits et les moyens de subsistance - il y a un sentiment d'espoir pour une vie plus normale en dehors du site exigu des PDI.

Une crise majeure de déplacement

La crise en RCA reste une crise majeure de déplacement. Près d'une personne sur quatre est déplacée. 658 000 personnes sont déplacées à l'intérieur du pays et 738 000 réfugiés centrafricains vivent dans les pays voisins, principalement au Cameroun et en RD Congo. De nouveaux déplacements sont enregistrés chaque mois, ainsi que des mouvements de retour. Le pic des déplacements récents a été atteint en février 2021, lorsque 742 000 PDI ont été enregistrées - 84 000 de plus qu'aujourd'hui - après que des violences aient éclaté dans tout le pays à la suite des élections présidentielles. Les déplacements se poursuivent car le conflit n'est pas terminé. Toutefois, cela ne fait pas obstacle aux solutions durables, car la situation s'est stabilisée dans certaines régions et contribue petit à petit au redressement du pays.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs: To learn more about OCHA's activities, please visit https://www.unocha.org/.