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Construire des systèmes de migration résilients dans la région de la Méditerranée : les leçons de la COVID-19

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World Bank
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Un rapport de la Banque mondiale examine les enseignements tirés de la pandémie de COVID-19

WASHINGTON, le 15 juin 2022 — Les restrictions de déplacements dues à la pandémie de COVID-19 n'ont interrompu qu’en partie les flux migratoires dans la région méditerranéenne, indique un nouveau rapport de la Banque mondiale, en exhortant les pays à mettre en place des systèmes de migration plus résilients pour mieux résister aux chocs futurs.

Le rapport intitulé Construire des systèmes de migration résilients dans la région de la Méditerranée : les leçons de la COVID-19 appelle à une meilleure coordination, tout au long du cycle migratoire, entre les pays d’origine des migrants et ceux de destination. Il souligne également la nécessité de mettre en place de nouveaux mécanismes pour simplifier automatiquement les procédures de recrutement de travailleurs étrangers essentiels en cas de choc (à l’instar de la pandémie) et pour accorder aux migrants un meilleur accès aux services sociaux et aux services de l’emploi pendant les crises.

Depuis des siècles, les populations migrent d’une rive à l’autre de la Méditerranée, pour fuir les guerres, la famine et les persécutions, mais aussi en quête d’une vie meilleure et d’opportunités économiques.

« Un quart des immigrants du monde vivent dans la zone méditerranéenne au sens large, indique Anna Bjerde, vice-présidente de la Banque mondiale pour l'Europe et l'Asie centrale. Les migrants ont été plus durement frappés par les répercussions sanitaires de la COVID-19, et ont été confrontés à d'importantes perturbations de l'emploi, aggravées par un accès limité aux programmes de protection sociale. Notre rapport phare souligne la nécessité de mettre en place des systèmes migratoires plus résilients, capables de résister aux chocs futurs, tout en protégeant le bien-être des migrants et en minimisant les perturbations dans les économies d'accueil. »

Dans les pays de l'Union européenne (UE) situés au nord de la Méditerranée, les migrants représentent entre 8 et 37 % de la main-d'œuvre occupant des emplois peu qualifiés et essentiels (agents d’entretien, ouvriers du bâtiment, opérateurs de machines, auxiliaires de vie...), et plus de 6 % des travailleurs dans les secteurs des technologies de l’information et de la communication, des sciences et de l’ingénierie, de la santé et de l’éducation. Ils représentent également au moins la moitié de la main-d'œuvre dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

Toujours selon le rapport, les entraves à la mobilité des migrants créées par la pandémie ont aggravé, dans les pays d’accueil, les pénuries de main-d'œuvre touchant déjà, tous niveaux de qualification confondus, le secteur agricole, l'industrie de la construction, les professions médicales et les soins à la personne. En France et en Espagne, les migrations permanentes ont diminué respectivement de 21 % et 38 % entre 2019 et 2020, tandis qu’en Italie, les migrations saisonnières baissaient de 57 %. En Arabie saoudite, le nombre de visas de travail délivrés au second semestre de 2020 a chuté de 91 % par rapport à la même période en 2019.

Face aux facteurs structurels qui incitent au départ — pauvreté, conflits et manque d'accès à l’emploi —, les restrictions de déplacements imposées pendant la pandémie ont poussé les migrants à choisir des itinéraires plus risqués. En 2020, les personnes ayant emprunté la route la plus meurtrière vers l'Europe — de l'Afrique du Nord à l'Italie — étaient près de 2,5 fois plus nombreuses qu'en 2019, tandis qu'une augmentation du nombre de migrants arrivés en Europe en passant par les îles Canaries entraînait un doublement des décès au cours des huit premiers mois de 2021 par rapport à la même période en 2020.

Les migrants ont aussi été confrontés à d'importantes perturbations sur le marché du travail : les taux d'emploi ont connu une baisse plus importante parmi les migrants que chez les nationaux, notamment à Chypre, en Grèce, en Italie et en Espagne, ce qui a entraîné des interruptions temporaires des envois de fonds aux proches restés au pays. Les États du CCG, dont les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite et le Qatar, figurent parmi les principaux pays d’origine de ces remises migratoires.

Le rapport souligne en outre que les migrants ont connu des revers considérables dans leur intégration et leur éducation dans leurs pays d’adoption en raison de facteurs qui existaient déjà avant la pandémie, comme les barrières linguistiques et l'accès limité aux technologies, et qui ont entravé l'apprentissage à distance.

«Le choc persistant de la pandémie a créé un besoin urgent de politiques plus progressistes », conclut Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. « Il offre aux pays du nord et du sud de la Méditerranée une occasion de renforcer leur coopération et de construire des systèmes migratoires tournés vers l’avenir, qui favoriseront une intégration économique indispensable pour parer à de nouvelles crises. »

Le rapport indique également que la COVID-19 a davantage touché les migrants que les populations locales, avec un nombre plus élevé d'infections, d'admissions à l'hôpital, de traitements dans les unités de soins intensifs et de décès par habitant. En cause, des logements surpeuplés, des emplois en première ligne et un accès limité ou inexistant à des soins de santé adéquats.

Le rapport avertit enfin que l'accueil des migrants par les populations locales et, à terme, le degré d’intégration de ces derniers, pourraient souffrir d’une aggravation des sentiments négatifs à leur égard. Un nombre croissant d'études mettent en évidence un lien entre COVID-19 et montée de la xénophobie. Si la désinformation n'est pas combattue et si l’immigration est ressentie comme un problème encore plus prégnant après la pandémie, ces perceptions négatives pourraient à long terme poser des difficultés majeures à l'intégration des migrants.

« La pandémie a montré que l'élargissement de l'accès des migrants à des services essentiels tels que les soins de santé, les programmes de protection sociale et pour l’emploi, ainsi qu'à un logement décent — même en période de crise et de rétrécissement de la marge de manœuvre budgétaire globale — est un investissement hautement justifié sur le plan économique, souligne Mauro Testaverde, économiste senior au sein du pôle Protection sociale et emploi de la Banque mondiale et auteur principal du rapport. En fait, en offrant aux migrants l'accès à ces services à la suite de chocs importants, on protège à la fois les populations locales et les migrants, et on favorise une relance plus rapide de l’économie. »

Contacts

À Washington
Sue Pleming
(202) 981-8929
spleming@worldbank.org

Ashraf Al-Saeed
(202) 473-1187
aalsaeed@worldbank.org