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Haïti : Analyse de la réponse pour l’adaptation climatique (décembre 2021)

Pays
Haïti
Sources
CGIAR
+ 3
Date de publication

Messages Clés

Contexte

  • Haïti, vu son profil de péninsule, est un pays extrêmement vulnérable aux chocs et aléas climatiques, ainsi qu’à leurs effets notablement négatifs sur la sécurité alimentaire. Pour mieux répondre aux chocs et mieux anticiper les besoins de la population locale face aux aléas climatiques actuels et futurs, le présent rapport établit une évaluation des projections futures des impacts du changement climatique sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle et sur les indicateurs de vulnérabilité. Sur la base de ces résultats, des recommandations pour l’intégration de l’adaptation climatique dans la programmation du Programme alimentaire mondial (PAM) ont été formulées pour quatre zones de moyens d’existence (ZME), priorisées à partir des ZME rurales établies par la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) : La zone du Littoral sec (HT01), la zone du Littoral sud-ouest (HT08), la zone Sud (HT07) et la zone Nord (HT02).

  • La République d’Haïti possède de nombreuses politiques et stratégies nationales focalisées sur le développement, la sécurité alimentaire et la protection sociale. Ces politiques bénéficieraient d’une intégration plus explicite de l’adaptation au changement climatique. Étant donné l’importance du secteur agricole haïtien pour la sécurité alimentaire et sa grande vulnérabilité aux chocs et aléas climatiques, l’agriculture représente un des secteurs les plus propices à l’intégration de l’adaptation. Cependant, de nombreuses stratégies essentielles au développement de ce secteur comme la Politique de Développement Agricole (PDA) n’établissent pas de lien explicite entre le changement climatique et la sécurité alimentaire. Il existe donc des lacunes en termes d’intégration de l’adaptation dans les politiques et stratégies nationales qui pourraient être comblées avec l’appui du PAM.

Projections des tendances climatiques d’ici 2050

  • La modélisation climatique projette des changements considérables dans les tendances climatiques d’Haïti, avec une augmentation nette des températures et une diminution générale de la pluviométrie d’ici 2050. Les projections des précipitations suggèrent une augmentation notable des pluies tout au long de la troisième saison agricole et en début de la première saison, ainsi qu’une diminution notable des pluies en début de la deuxième saison agricole. Cette évolution des tendances climatique suggère une augmentation des risques pour les produits du secteur agricole tels que le stress hydrique et les engorgements (saturation en eau) des sols. Aussi, un changement du niveau d’adéquation actuel des cultures clés pour la sécurité alimentaire est projeté, notamment une diminution notable de l’adéquation du haricot et de la banane qui sont cultivés dans plusieurs ZME. Tous ces changements projetés coïncident également avec la présence d’autres facteurs de vulnérabilité tels que l’insécurité alimentaire, la santé précaire, les inégalités et les conflits, suggérant que le changement climatique pourrait exacerber le niveau de vulnérabilité des ZME.

Analyse économique de la disponibilité et la stabilité du système d’approvisionnement alimentaire (modélisation IMPACT)

  • Le modèle IMPACT calculé sur la base d’un scénario de futures émissions mondiales de carbone élevées dans lequel les technologies sont fortement améliorées, présuppose un impact important du changement climatique sur la stabilité de l’approvisionnement alimentaire jusqu’en 2050. Le maïs, les pois et le haricot feront face à une menace plus notable du changement climatique, bien que les quantités de production et les rendements de la plupart des produits modélisés – légumineuses, manioc et autres racines et tubercules, céréales– soient affectés négativement par le changement climatique jusqu’en 2050 (à l’exception du riz et de la banane, qui pourraient démontrer une plus grande résilience aux effets du changement climatique par rapport aux autres produits modélisés.) Tout en étant conformes aux tendances socioéconomiques, les gains de productivités du riz et de la banane sont aussi influencés par les scénarios optimistes en termes d’innovation technologique et d’amélioration des niveaux d’éducation plutôt qu’à l’amélioration des conditions climatiques. Cependant, les gains agricoles seront ralentis par des tendances climatiques négatives projetées, ce qui empêcherait le secteur d’atteindre son potentiel de productivité maximal.

  • Ainsi, l’analyse économique des projections climatiques révèle que l’économie haïtienne pourrait être négativement impactée par les changements climatiques. La prise en compte des changements climatiques anticipés dans la modélisation (relative à un scenario d’absence de ces changements) résulte en des projections moins optimistes de production, de rendement et de superficie cultivée pour les cultures clés susmentionnées et pour la production animale. Les changements climatiques réduiraient ainsi le potentiel de productivité du secteur agricole pour tous ces produits, et par conséquent leur potentiel de consommation dans toutes les ZME étudiées. Il est particulièrement important de considérer le rôle que les tendances inégalitaires dans le pays pourraient jouer dans l’exacerbation de ces effets négatifs du changement climatique dans les ZME déjà plus vulnérables.

Recommandations et opportunités pour la programmation future et les partenariats du PAM

  • Il existe de nombreuses opportunités pour une meilleure intégration de l’adaptation aux changements climatiques dans les activités du PAM visant à soutenir la résilience et la sécurité alimentaire à Haïti. Ces opportunités sont comprises dans les volets principaux des activités de l’organisation, y-compris les transferts monétaires en espèce et le réseau des cantines scolaires, qui représentent les leviers principaux des activités du PAM en Haïti, ainsi que les volets d’aide alimentaire pour la création d’actifs (FFA), le financement fondé sur les prévisions météorologiques (FBF). Aussi, le PAM travaille déjà avec les observatoires de la sécurité alimentaire et le système d’alerte précoce, ainsi que les partenaires des services logistiques et le gouvernement national. Étant donnes les résultats de l’analyse climatique, les recommandations programmatiques ont été formulée pour adresser les risques sélectionnés, notamment la sécheresse, les inondations et l’engorgements des sols. Ces recommandations se focalisent donc sur l’utilisation des informations météorologiques, la promotion des sousfilières à fort potentiel pour la sécurité alimentaire et le développement des industries de transformation et de conservation, ainsi que l’utilisation d’énergies renouvelables et la promotion de méthodes d’exploitation résilientes dans les activités des petits paysans appuyés par le PAM.

  • Le PAM a également des opportunités de renforcer ses partenariats si bien à l’intérieur du pays qu’avec les partenaires internationaux, afin d’appuyer l’intégration de l’adaptation et de la résilience climatique en Haïti. Le renforcement de la collaboration et l’alignement des activités avec les différents organismes gouvernementaux travaillant dans le cadre du développement agricole, de changement climatique et de la sécurité alimentaire et nutritionnelle représentent une des principales stratégies que le PAM pourrait adopter. Le PAM a aussi des opportunités de partenariat et d’appui à la coopération Sud-Sud avec de nombreuses entités avec les lesquelles Haïti est affilié comme CARICOM, ou des pays voisins comme Cuba et la République Dominicaine. Par ailleurs, l’amélioration des programmes d’adaptation au climat représente également une occasion pour le PAM d’établir et de renforcer systématiquement des partenariats et son engagement avec les autres agences des Nations Unies dans le pays (la FAO, l’UNICEF, le PNUE et le FIDA), permettant à ces organisations de reconsidérer et de renforcer le rôle de l’ONU en tant qu’acteur ayant des objectifs communs avec les autorités nationales. Cela permettrait non seulement d’améliorer l’efficacité de la mise en œuvre des programmes en en Haïti, mais aussi de renforcer stratégiquement la position du PAM parmi les autres organisations de développement ayant une expertise prouvée en termes de programmation portant sur le changement climatique ; cela renforcerait à son tour la capacité du PAM à obtenir des fonds axés sur le changement climatique de la part des donateurs internationaux.