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Région des Grands Lacs: dans une déclaration, le Conseil de sécurité salue une évolution politique positive mais condamne les groupes armés

Countries
DR Congo
Sources
UN SC
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CS/14669

CONSEIL DE SÉCURITÉ
8884E SÉANCE - MATIN

Le Conseil de sécurité a adopté ce matin une déclaration présidentielle de six pages à l’occasion d’un débat ministériel de haut niveau organisé par le Kenya sur le thème « Appuyer l’attachement renouvelé des pays de la région des Grands Lacs à la recherche de solutions durables aux causes profondes et aux facteurs de conflit ».

Dans cette déclaration, le Conseil note les progrès accomplis dans la mise en œuvre des engagements pris sur les plans national et régional dans le cadre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région. Et cela en dépit des problèmes liés: aux activités criminelles menées par des groupes armés actifs dans la région; aux catastrophes naturelles, notamment les inondations au Burundi, provoquées par la montée des eaux du Lac Tanganyika, ainsi que l’éruption du volcan Nyiragongo dans l’est de la République démocratique du Congo; et à la pandémie de COVID-19. Il exhorte les États signataires à continuer de s’acquitter intégralement des engagements dans le cadre de l’Accord-cadre, qui demeure « essentiel à la réalisation d’une paix et d’une sécurité durables dans la région des Grands Lacs ».

Le Conseil se félicite aussi de la récente évolution politique positive constatée dans la région des Grands Lacs, en particulier de l’action diplomatique qui a été revitalisée par les Présidents de la République démocratique du Congo (RDC), de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi, et qui a débouché sur la signature de divers instruments de coopération bilatérale, ainsi que des efforts faits par le Président de l’Angola en sa qualité de président de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Il engage les chefs d’État et de gouvernement de la région à mettre à profit la dynamique actuelle pour surmonter progressivement les obstacles à la paix et au développement durable.

Mais le Conseil se déclare à nouveau très préoccupé par la crise humanitaire qui s’est déclarée dans l’est de la RDC, exacerbée par une insécurité généralisée, notamment les activités déstabilisatrices de groupes armés étrangers et nationaux et une nouvelle intensification des attaques menées par les Forces démocratiques alliées. Il demande instamment à tous les groupes armés de cesser immédiatement toutes formes de violence. Le Conseil condamne en outre la poursuite de l’exploitation et du commerce illicites des ressources naturelles en RDC et dans la région, en particulier les « minerais du conflit » tels que l’étain, le tantale, le tungstène, l’or, les diamants, le cobalt, le coltan et le charbon, ainsi que le cacao, le bois d’œuvre et les espèces sauvages, par les groupes armés et les réseaux criminels qui les appuient.

Le Conseil souligne que la solution à la menace que font peser les groupes armés ne saurait être purement militaire et que pour éliminer ces groupes, il faudra une action intégrée et régionale et une mobilisation politique ferme de la part des gouvernements de la région, avec l’appui de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) et de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs, M. Huang Xia.

M. Xia est venu présenter le rapport semestriel du Secrétaire général sur la mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région dont le Conseil prend acte dans ladite déclaration. Présidée par la Ministre des affaires étrangères du Kenya, Mme Raychelle Omamo, cette séance a été l’occasion pour les pays qui y ont participé, dont l’Angola, la RDC, l’Ouganda, le Burundi et le Rwanda, de redire l’importance de l’Accord-cadre et d’exprimer leur appui aux mesures prioritaires répertoriées dans la Stratégie régionale de l’ONU et dans son plan d’action.

Avant tout, L’Envoyé spécial a salué la poursuite du dialogue politique entre les pays signataires de l’Accord-cadre et encouragé la convocation rapide du dixième sommet du mécanisme de surveillance régional, qui sera l’occasion de favoriser un dialogue politique de haut niveau sur ces questions et d’autres sujets connexes. Mais en dépit de ces avancées, a signalé M. Xia, des défis demeurent, notamment la persistance de l’activisme des groupes armés. Il a constaté une recrudescence d’attaques menées par les groupes armés, qu’il s’agisse des ADF dans l’est de la RDC ou celles lancées par les RED Tabara contre l’aéroport de Bujumbura en septembre dernier. « L’insécurité persistante dans l’est de la RDC reste l’un des principaux défis auxquels la région est confrontée aujourd’hui », a appuyé la Sous-Secrétaire générale pour l’Afrique aux Départements des affaires politiques et de consolidation de la paix, et des opérations de paix, Mme Martha Ama Akyaa Pobee. Depuis le début de l’année, au moins 1 043 civils ont été tués, dont 233 femmes et 52 enfants. Elle a posé la question suivante: « comment pouvons-nous soutenir les pays de la région dans leurs efforts pour exploiter pleinement le potentiel de leurs ressources humaines et naturelles afin de construire une paix et un développement durables? »

M. Xia a souligné en effet que les « forces négatives » à l’œuvre continuent d’être impliquées dans l’exploitation et le commerce illicites des ressources naturelles, qui financent leur approvisionnement en armes et leur recrutement. La violence continue d’avoir de graves conséquences sur une situation humanitaire déjà fragile, ainsi que sur la stabilité socioéconomique des zones affectées. Pour lutter contre l’exploitation illégale des ressources naturelles, le Secrétaire exécutif de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), M. Joao Samuel Caholo, a exhorté les pays de la région à développer des cadres juridiques et politiques propices à l’investissement responsable. Il a aussi appelé à promouvoir l’innovation, la créativité, les compétences et les capacités des citoyens de tirer parti des vastes opportunités de leurs ressources naturelles. M. Caholo a en outre indiqué que la CIRGL travaillait à promouvoir une coopération transfrontalière entre les pays de la région pour lutter contre le terrorisme. Dans le même esprit, Mme Raychelle Omamo, la Ministre des affaires étrangères du Kenya, a dénoncé « le cycle infernal de l’exploitation illicite et du pillage de ses ressources naturelles », lequel alimente les conflits armés, les rivalités interétatiques et les souffrances humaines, en particulier des femmes et des enfants. Un engagement renouvelé est nécessaire pour remettre la région des Grands Lacs sur la voie du développement durable, a conclu M. Tété António, Ministre des relations extérieures de l’Angola.

LA SITUATION DANS LA RÉGION DES GRANDS LACS

M. HUANG XIA, Envoyé spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs, a jugé « significatif et opportun » le thème de la réunion d’aujourd’hui, à savoir, « soutenir l’engagement renouvelé des pays de la région des Grands Lacs en faveur de la paix et du développement » Significatif parce qu’il rappelle que les pays de la région restent engagés en faveur de la paix et du développement; opportun, parce qu’il invite la communauté internationale à soutenir ces efforts, en tenant compte à la fois des progrès accomplis et des défis qui persistent. C’est l’esprit qui anime mon mandat, mais également le fil rouge du dernier rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre, ces six derniers mois, de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo (RDC) et la région, a-t-il dit.

M. Xia a ensuite mis en avant la poursuite du dialogue politique entre les pays de la région, expliquant que les consultations ministérielles et la multiplication des visites d’États ont donné une impulsion aux relations bilatérales entre les pays de la région. Cela a conduit à une accélération des efforts d’ouverture et de rapprochement, avec un ensemble de gestes politiques et symboliques « encourageants ». Il a évoqué les rencontres bilatérales entre le Président de la République démocratique du Congo (RDC) et ses homologues du Burundi, du Kenya, du Rwanda et de l’Ouganda; les différentes tournées entreprises dans la région par le Président du Burundi et la Présidente de la Tanzanie; l’engagement constant du Président de l’Angola, Président en exercice de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), à soutenir les efforts de réconciliation nationale en République centrafricaine aux côtés de ses pairs.

Ces rapprochements ont en outre conduit à une revitalisation des cadres de coopération dans des domaines aussi variés que la sécurité, le commerce, les infrastructures, les transports, les ressources naturelles et l’énergie, a salué l’Envoyé spécial. Dans le domaine sécuritaire par exemple, ils ont permis de lancer la création d’un groupe de contact et de coordination, chargé de coordonner la mise en œuvre des mesures non militaires en complément des opérations militaires contre les « forces négatives ». Ce groupe est composé du Burundi, de la RDC, de l’Ouganda, du Rwanda et de la Tanzanie. Concrètement, lesdites mesures visent à mettre en œuvre de manière concertée des incitations en vue de la reddition et du désarmement volontaire des forces négatives opérant dans l’est de la RDC. Ces mesures viendront en complément des efforts menés par la RDC à travers son Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (PDDRC-S), a-t-il précisé.

Mais en dépit de ces avancées, a signalé M. Xia, des défis demeurent, notamment la persistance de l’activisme des groupes armés, qui constitue toujours la « principale menace » à la paix et à la stabilité de la région. On constate une recrudescence d’attaques menées par les groupes armés, qu’il s’agisse des ADF dans l’est de la RDC ou celles lancées par les RED Tabara contre l’aéroport de Bujumbura en septembre dernier. Ces « forces négatives » continuent en outre d’être impliquées dans l’exploitation et le commerce illicites des ressources naturelles, dont les revenus financent l’approvisionnement en armes et le recrutement. La violence de ces groupes continue d’avoir de graves conséquences sur la situation humanitaire déjà fragile, ainsi que sur la stabilité socioéconomique des zones affectées. Afin d’explorer les moyens de mettre fin à cette situation, l’Envoyé spécial a organisé, en collaboration avec la CIRGL et le Gouvernement du Soudan, un atelier sur les ressources naturelles qui s’est tenu du 31 août au 2 septembre derniers à Khartoum. Cette rencontre a abouti à 31 recommandations, ambitieuses et réalistes, visant notamment à briser le lien entre la contrebande de certains minerais de grande valeur et le financement des groupes armés.

Répondre efficacement à ces défis, tout en soutenant les efforts positifs en cours, exigera une approche concertée des États de la région, de la société civile, des organisations régionales, des partenaires internationaux et des Nations Unies, a poursuivi M. Xia, ajoutant que telle est la logique qui sous-tend le Plan d’action de la Stratégie pour la consolidation de la paix, la prévention et le règlement des conflits dans la région des Grands Lacs élaboré en juillet dernier par le bureau de l’Envoyé spécial, après des consultations élargies. Cette approche inclusive, qui accorde aussi une place centrale à l’engagement des femmes et des jeunes, sera maintenue tout au long de la mise en œuvre de ce Plan d’action afin de favoriser un alignement sur les priorités des États et des peuples de la région. À cet égard, M. Xia a redit sa volonté de travailler étroitement avec toutes les entités onusiennes concernées ainsi qu’avec le Fonds pour la consolidation de la paix en vue d’assurer la pleine mise en œuvre de ce Plan d’action. Il appelle également le Conseil de sécurité, et plus largement la communauté internationale, à le soutenir afin de contribuer « efficacement » à la consolidation de l’élan positif qu’il a décrit.

Concluant, l’Envoyé spécial a évoqué le défi que représente la persistance de la pandémie de COVID-19 qui, dans une certaine mesure, contribue à l’exacerbation des fragilités socioéconomiques préexistantes. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), seulement 36 millions de doses de vaccin ont été administrées à ce jour dans une région qui compte près de 450 millions d’habitants. Il a donc réitéré l’appel lancé par le Secrétaire général pour plus de solidarité à l’égard des pays en voie de développement, afin de faciliter l’accès aux vaccins et de renforcer les systèmes et structures sanitaires existants.

M. JOÃO SAMUEL CAHOLO, Secrétaire exécutif de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), a estimé que la région avait fait des progrès significatifs en matière de paix, de sécurité et de développement et ce, malgré la persistance d’activités criminelles liées à l’exploitation illégale des ressources. Il a aussi souligné les initiatives de la CIRGL pour faire face aux impacts négatifs des changements climatiques sur les moyens de subsistance des populations de la région. Il a salué le succès d’une série de réunions régionales de la CIRGL tenues sous sa présidence angolaise afin de traiter de la crise politique et sécuritaire en République centrafricaine, avant de rappeler la valeur ajoutée de la CIRGL en tant que plateforme régionale capable de traiter les tensions et suspicions de tensions interétatiques.

Après avoir salué le succès des récentes échéances électorales au Burundi, en Ouganda, en Tanzanie, en Zambie et en République démocratique du Congo (RDC), le Secrétaire exécutif de la CIRGL s’est félicité de l’augmentation de la participation des femmes aux différents processus politiques et à la vie politique en général dans la région des Grands Lacs. Par ailleurs, il a estimé que les opérations de paix devaient jouer un rôle fondamental pour réduire l’exploitation illégale des ressources naturelles en renforçant les capacités techniques des autorités nationales et en aidant les forces de sécurité à chasser les groupes armés.

M. Caholo a indiqué que la CIRGL travaillait à promouvoir une coopération transfrontalière entre les pays de la région pour lutter contre le terrorisme, par le biais d’un système d’alerte précoce permettant de communiquer des informations en temps réel à toutes les frontières. Il a appelé à une appropriation nationale des programmes de désarmement, démobilisation, rapatriement, réintégration et réinstallation (DDRRR) qui devraient, selon lui, faire partie intégrante des plans de développement nationaux à long terme. « L’autonomisation des anciens combattants est de la plus grande importance », a insisté M. Caholo avant d’appeler à des programmes DDRRR corrélés à une réforme d’ensemble plus large concernant les objectifs de développement économique et social.

Pour lutter contre l’exploitation illégale des ressources naturelles, le Secrétaire exécutif de la CIRGL a exhorté les pays de la région à développer des cadres juridiques et politiques propices à l’investissement responsable. Il a aussi appelé à promouvoir l’innovation, la créativité, les compétences et les capacités des citoyens de tirer parti des vastes opportunités de leurs ressources naturelles. Il a dit l’importance de projets de création d’emplois pour les jeunes et a invité les parties à partager leurs initiatives lors de la prochaine conférence de Kigali prévue en novembre prochain.

Enfin, M. Caholo a estimé que le Pacte sur la paix, la stabilité et le développement adopté par la CIRGL en 2006, il y a 15 ans, pour faire de la région une zone exempte de conflit, était plus pertinent que jamais.

Mme MARTHA AMA AKYAA POBEE, Sous-Secrétaire générale pour l’Afrique, s’est focalisée sur la question de l’insécurité en République démocratique du Congo (RDC) et le soutien que le Conseil pourrait apporter dans ce domaine. Elle a réitéré que « l’insécurité persistante dans l’est de la RDC reste l’un des principaux défis auxquels la région est confrontée aujourd’hui ». Depuis le début de l’année, au moins 1 043 civils ont été tués, dont 233 femmes et 52 enfants. La question aujourd’hui est la suivante, a posé la haute responsable: « comment pouvons-nous soutenir les pays de la région dans leurs efforts pour exploiter pleinement le potentiel de leurs ressources humaines et naturelles afin de construire une paix et un développement durables »?

Selon Mme Pobee, il faut une approche globale fondée sur un engagement politique accru qui englobe des interventions militaires et non militaires, favorise la coopération économique au-delà des frontières. Il faut aussi instaurer la confiance entre voisins et entre communautés. Alors que les gouvernements de la région continuent de donner la priorité aux opérations militaires dans le cadre de leurs efforts pour faire face à la menace posée par les groupes armés dans l’est de la RDC, a ajouté la Sous-Secrétaire générale, ces opérations militaires doivent respecter les droits de l’homme et assurer l’atténuation des dommages causés aux civils, afin d’éviter des souffrances inutiles à la population.

Mme Pobee a insisté sur l’importance de la politique pour traduire les initiatives en actions. Une approche régionale globale et coordonnée du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion (DDR) sera également, selon elle, un outil important qui inciterait les anciens combattants à ne pas rejoindre les rangs des groupes armés. Les programmes DDR devraient exclure la possibilité pour ces combattants de rejoindre automatiquement les forces armées, empêcher le recrutement de jeunes dans les communautés vulnérables et freiner les trafics illicites d’armes dans la région.

Mme Pobee a également suggéré de traiter en amont les conditions qui favorisent les activités des groupes armés. Parmi les principales causes profondes des conflits figurent l’exploitation illégale et le trafic régional des ressources naturelles, qui non seulement contribuent au financement des réseaux de groupes armés, mais créent également une économie parallèle au détriment des budgets des États dont les recettes continuent de diminuer, a-t-elle rappelé.

La voie vers une paix et un développement durables dans la région exige la participation significative des femmes, des jeunes et du secteur privé, a insisté la Sous-Secrétaire générale mettant en exergue le Plan d’action pour la Stratégie régionale des Nations Unies pour la consolidation de la paix, la prévention et le règlement des conflits dans la région des Grands Lacs. Ce plan offre l’occasion de progresser dans ce domaine.

Mme RAYCHELLE OMAMO, Ministre des affaires étrangères du Kenya, a souligné le profond décalage qui existe entre les richesses naturelles et les promesses en matière de développement qu’offre la région des Grands Lacs et la réalité, marquée par une pauvreté généralisée, le sous-développement et l’instabilité. Elle a expliqué la persistance de ces tourments par « le cycle infernal de l’exploitation illicite et du pillage de ces ressources naturelles », lequel alimente les conflits armés, les rivalités interétatiques et les souffrances humaines, en particulier des femmes et des enfants. Dans un tel contexte, affecté en outre par les conséquences des catastrophes naturelles, la Ministre a affirmé que le renforcement de l’autorité de l'État et l’amélioration des compétences des organisations régionales sont des outils essentiels pour que les pays de la région soient en mesure de tenir leur promesse en bâtissant un avenir prospère sûr pour tous et protégé de la violence contre les femmes.

À cet égard, Mme Omamo a salué les efforts entrepris dans le cadre de la Conférence internationale sur la région des Grands lacs pour promouvoir un dialogue constructif et la résolution des conflits par des moyens pacifiques. Elle s’est félicitée de la création récente d’un comité de coordination et de gestion chargé d’identifier et de mettre en œuvre des solutions non militaires aux conflits transfrontaliers. Après avoir appelé à la poursuite de la mise en œuvre du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la région des Grands Lacs établi en 2006, la Ministre a apporté le plein soutien du Kenya aux activités de la Commission de consolidation de la paix, qui a fait de la coopération régionale et socioéconomique l’élément clef du maintien de la paix et du développement durable à ce niveau.

Mme Omamo a ensuite plaidé pour que l’assistance, en particulier le renforcement des capacités, soit fournie aux pays dotés de ressources de la région des Grands Lacs dans le but de leur permettre l’élaboration et la mise en œuvre de politiques appropriées, à commencer par les stratégies et mécanismes de gestion de l’exploitation des ressources naturelles. Elle a également attiré l’attention sur l’importance de renforcer la sécurité des voies d’accès et des sites d’exploitation minière. Les pays de la région doivent coopérer pour déployer, dans un cadre coordonné, un éventail d’options militaires et non militaires pour traiter de manière globale le défi des groupes armés, a encore insisté Mme Omamo, précisant que les mesures non militaires peuvent comprendre les programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) des ex-combattants.

M. COLM BROPHY, Ministre de l’Outre-mer et de la Diaspora de l’Irlande, a déclaré que ce n’est qu’en s’attaquant aux causes profondes des conflits et aux moteurs de l’instabilité qu’il est vraiment possible de construire une paix durable. Une coopération étroite entre les partenaires internationaux, régionaux et sous-régionaux dans ce domaine est essentielle. Pour cette raison, l’Irlande salue les progrès réalisés par les pays de la région pour renforcer la coopération régionale dans les secteurs politique, sécuritaire et économique. Ces progrès constituent la base de la construction d’une vision partagée de la paix, de la sécurité et du développement socioéconomique régionaux. L’Irlande, a indiqué le Ministre, attend avec impatience la dixième réunion de haut niveau du mécanisme de contrôle régional du cadre pour la paix, la sécurité et la coopération (CPS) qui aura lieu d’ici à la fin de l’année. Il a espéré que cette réunion maintiendra l’élan et contribuera à traduire les récents progrès en une prospérité partagée pour les habitants de la région des Grands Lacs.

M. Brophy a ensuite estimé que l’exploitation et le commerce illégaux de minéraux et de ressources naturelles sont un autre facteur des conflits en Afrique, et en particulier dans la région des Grands Lacs, où la compétition pour le contrôle des zones riches en ressources alimente les hostilités et la violence. Pour cette raison, l’Irlande soutient tous les efforts visant à établir des contrôles transparents et efficaces. Elle attend avec intérêt de voir des progrès dans la mise en œuvre des recommandations issues du récent atelier de haut niveau de Khartoum, visant à combattre ce problème. Pour sa part, a assuré le Ministre, l’Irlande continuera de jouer son rôle en participant et en défendant le programme de certification du Processus de Kimberley et en mettant en œuvre le règlement de l’Union européenne sur les minerais provenant de zones de conflit.

Le Ministre irlandais a également abordé la situation humanitaire, l'une des plus graves dans le monde avec 15 millions de personnes déplacées et des niveaux croissants d’insécurité alimentaire et de malnutrition aiguë - en particulier en RDC. Pour faire face à cette crise et protéger les plus vulnérables, il faut une réponse collective. Et l’Irlande exhorte toutes les parties à garantir la sécurité du personnel humanitaire et un accès sans entrave à l’aide humanitaire. Concluant son propos, il a dit que les causes profondes des conflits et les moteurs de l’instabilité sont des « défis communs nécessitant des solutions communes ». De toute évidence, au niveau international, nous avons un intérêt commun au développement d’une région des Grands Lacs pacifique et prospère qui réponde aux besoins de sa population, a-t-il résumé.

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a d’abord mis l’accent sur l’intensification de la coopération régionale, souhaitant qu’elle se traduise par des effets concrets pour les populations, notamment la protection des civils, y compris des personnels humanitaires, toujours victimes des groupes armés à l’est de la RDC. Le représentant a salué l’établissement du Groupe de contact pour les mesures non militaires, avant d’appeler à veiller à la coordination des acteurs sécuritaires sur le terrain. Une nouvelle dynamique régionale est nécessaire pour soutenir un développement durable au service des populations. À cet égard, M. de Rivière a salué la conclusion de plusieurs accords bilatéraux en matière de commerce, d’investissements et d’infrastructures, ou encore le développement de cadres régionaux pour répondre à la pandémie de COVID-19, avant de souligner que l’Accord-cadre devait continuer à guider les États de la région et qu’il était urgent que se tienne le dixième Sommet du Mécanisme régional de suivi.

Abordant ensuite la lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles, qui alimente les conflits et exacerbe les tensions entre États, le représentant a noté que le commerce de certains minerais comme le tantale, l’étain et le tungstène doit être davantage encadré, de même que l’exploitation de l’or, qui fait l’objet d’une attention encore insuffisante et doit être régulée plus étroitement. Les recommandations de l’atelier sur les ressources naturelles de Khartoum doivent être suivies d’effets et de nouveaux efforts doivent être faits pour mettre en œuvre les mécanismes de certification de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). « L’harmonisation des régimes fiscaux, le renforcement du Réseau de coopération judiciaire des Grands Lacs, le développement de bases de données régionales sur les flux de minerais sont autant de pistes pour soutenir la transparence et pour lutter contre l’impunité », a ajouté M. de Rivière.

Au-delà de la région, le représentant a exhorté tous les États, notamment ceux de transit et de destination, à bâtir une chaine de valeur responsable. Il a fait observer que l’Union européenne s’était dotée en janvier dernier d’un nouveau règlement pour lutter contre le trafic de minerais, qui aidera ainsi la RDC à recouvrer la souveraineté sur ses ressources. Le Conseil de sécurité doit lui aussi agir en sanctionnant les individus et les entités liés à l’exploitation illégale des ressources, a ajouté le représentant.

Enfin, M. de Rivière a rappelé que le Plan d’action de mise en œuvre de la Stratégie des Nations Unies prévoyait des actions ciblées et séquencées qui nécessiteront une forte mobilisation des États de la région, et il a mis en avant la promotion de la justice transitionnelle et des institutions nationales des droits de l’Homme. Il a aussi averti que la région ne retrouverait pas une paix durable tant que les violations du droit international humanitaire et des droits de l’Homme se poursuivraient. Enfin, alors que la RDC est l’État qui concentre le plus grand nombre de personnes déplacées en Afrique, la France juge urgent d’élaborer des solutions durables permettant des réinstallations et des rapatriements volontaires et durables dans la sécurité et la dignité, conformément au Plan d’action.

Mme MONA JUUL (Norvège) a déclaré qu’il était essentiel que le système des Nations Unies et la communauté internationale soutiennent les efforts visant à lutter contre la violence, les violations et abus des droits de l’homme et la grave crise humanitaire dans l’est de la RDC, y compris par le biais de la coopération et de la coordination régionales. L’adoption de la Stratégie des Nations Unies pour la région des Grands Lacs et du Plan d’action qui l’accompagne constitue un bon point de départ pour favoriser une coopération régionale plus étroite, a ajouté la représentante. L’accent mis par le Plan d’action sur la participation de partenaires financiers tels que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l’Union européenne sera utile et doit tenir ses promesses. Mme Juul a aussi mis l’accent sur l’importance de la participation de la société civile et les femmes, pour assurer la mise en œuvre de ces initiatives.

Pour la Norvège, la question du commerce illicite des ressources naturelles, qui génère des centaines de millions de dollars par an, doit être résolue. Les recommandations des chefs d’État de la région au lors du prochain Sommet extraordinaire de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) ainsi que les mécanismes existants peuvent contribuer davantage à réduire les recettes des groupes armés et à promouvoir une gestion transparente et durable des ressources naturelles dans la région. La Norvège encourage toutes les parties prenantes à travailler ensemble pour assurer leur mise en œuvre, a assuré Mme Juul.

Mme INGA RHONDA KING (Saint-Vincent-et-les Grenadines) a fait part de sa préoccupation face à la situation sécuritaire dans certaines zones de la région, y compris l’est de la République démocratique du Congo, « où des groupes armés continuent de mener des attaques d’ampleur contre la population civile, attaques qui ont pour effet néfaste de déstabiliser durablement la région ». Alors que la situation en République centrafricaine reste précaire, a-t-elle ajouté, nous nous félicitons de la déclaration unilatérale de cessez-le-feu du Président Touadéra, une étape fondamentale vers la mise en œuvre de l’Accord de paix. Nous appelons toutes les parties à suivre et à respecter ces efforts, a encore souligné la représentante.

Mme King a également déclaré que, pour appuyer les efforts politiques et diplomatiques en cours pour remédier à la situation humanitaire dans la région, il était essentiel que la communauté internationale maintienne son soutien aux habitants de la région, notamment par le biais de contributions régulières et adaptées aux opérations humanitaires pertinentes. Elle a ajouté que les efforts régionaux de lutte contre le commerce et l’exploitation illicites des ressources naturelles devaient être menés à bien afin d’en faire des catalyseurs de croissance économique et de développement.

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMÍREZ (Mexique) s’est félicité des résultats « positifs » de la diplomatie régionale, notamment la normalisation des relations entre le Burundi et le Rwanda et le renforcement des liens entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. Il a reconnu la valeur du Plan d’action 2021-2023 pour la mise en œuvre de la Stratégie de consolidation de la paix, de prévention et de résolution des conflits pour la région des Grands Lacs, qui permet d’identifier les domaines prioritaires pour la région et sert de mécanisme de programmation et d’évaluation. Il faut maintenant s’attaquer prioritairement aux causes de la violence: c’est le seul moyen rationnel et efficace de la contenir, a dit le représentant.

M. De la Fuente Ramírez a reconnu que l’exploitation et le trafic des ressources naturelles restent un défi majeur dans la région. Des mesures fermes sont nécessaires pour mettre un terme à ce cycle criminel, a-t-il dit en saluant l’harmonisation des législations en la matière et le renforcement des systèmes judiciaire et fiscal. Étant donné que l’insécurité et la violence se multiplient avec le transfert illicite d’armes légères et de petit calibre, il est essentiel également de mettre en œuvre des mesures plus spécifiques pour lutter contre ce trafic. À ce titre, la délégation considère qu’il est extrêmement important d’élaborer des politiques et programmes de gestion des armes et des munitions qui complètent la stratégie plus large de désarmement et de démobilisation.

M. TAREK LADEB (Tunisie) s’est inquiété de l’influence des groupes armés illégaux, qui continuent d’être une source d’instabilité et une menace à la sécurité des populations et qui sont responsables de la persistance des violations des droits de l’homme et des violences sexuelles. Le représentant a jugé indispensable une approche commune au niveau régional afin que les richesses dont regorgent les pays de la région soient un moteur de développement économique au lieu de rester une source de financement des groupes armés et d’aggravation des violences et de l’insécurité. M. Ladeb s’est aussi félicité des conclusions du troisième sommet restreint des États membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, tenu à Luanda le 16 septembre 2021 dans le souci de promouvoir la paix tout en s’attelant aux défis humanitaires auxquels ces pays sont confrontés.

M. Ladeb a souligné la pertinence du Cadre stratégique régional des Nations Unies pour les Grands Lacs. Il a appelé à la prise d’initiatives pour améliorer les conditions de vie, en particulier dans les zones frontalières, et pour lutter contre la corruption, afin de s’assurer que l’exploitation des ressources naturelles aura une incidence positive sur le bien-être des populations. Il a aussi salué les efforts de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour mettre l’accent sur les défis à long terme liés à l’exploitation illégale des ressources naturelles. M. Ladeb a enfin souligné l’importance de la coopération régionale, et notamment le rôle de l’Union africaine et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL).

M. SVEN JÜRGENSON (Estonie) a dénoncé la violence sexuelle dans le conflit dans l’est de la RDC, qui s’accompagne de graves violations des droits des femmes et des enfants. Il est inconcevable qu’à notre époque, environ 15 millions de personnes de la région soient soumises à des déplacements forcés, a protesté le représentant. Il a ajouté que l’exploitation illégale des ressources naturelles, qui fait l’objet du débat d’aujourd’hui, était un moteur de longue date de l’insécurité et des conflits dans la région. Nous devons veiller à ce que ces ressources servent le bien-être de la population de la région, a rappelé le représentant, qui a avancé trois pistes pour faire face à ce conflit.

M. Jürgenson a d’abord mis l’accent sur la coopération régionale, y voyant un outil essentiel pour consolider le contrôle sur les « minerais de conflit » et les sites miniers. Le représentant a ajouté qu’il existait de grandes possibilités pour les femmes et les jeunes de s’impliquer dans le secteur minier, qui leur offriraient une alternative à la participation au conflit armé. Ensuite, le renforcement du programme national de désarmement, de démobilisation et de stabilisation offrirait des perspectives pour contrer l’approvisionnement en armes des groupes armés, a estimé M. Jürgenson, pour qui il est particulièrement important d’assurer une gestion durable et transparente des stocks nationaux d’armes et de munitions, afin d’éviter qu’ils ne tombent entre les mains de forces négatives, a-t-il suggéré. Le représentant a terminé en soulignant le rôle important des autorités chargées des enquêtes et des tribunaux de la région en ce qui concerne la question de la responsabilité en matière d’exploitation illégale des ressources naturelles.

Mme ANNA M. EVSTIGNEEVA (Fédération de Russie) a estimé impossible de parvenir à une normalisation à long terme en RDC uniquement par des méthodes militaires. Nous suivons de près les efforts des autorités pour reprendre le contrôle sécuritaire, améliorer la situation humanitaire, le développement socioéconomique, résoudre les conflits frontaliers avec les voisins ainsi que les conflits intercommunautaires, et pour mettre en œuvre une stratégie durable de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des ex-combattants, a-t-elle ajouté.

La représentante a également salué le fait que la crise sanitaire ait abouti à une intensification de la diplomatie des États de la région dans un souci de consolider des relations de bon voisinage. La Fédération de Russie se félicite de leur engagement à développer à cette occasion la coopération pour surmonter les défis émergents et lutter plus efficacement contre les groupes armés, cela par le biais d’un renforcement de la sécurisation des frontières. Après avoir rappelé l’importance de juguler toutes les tentatives d’ingérence dans les affaires politiques et économiques de pays de la région, Mme Evstigneev a également salué le rôle accru de la communauté internationale et du Conseil de sécurité de l’ONU pour, via le travail de l’Envoyé spécial, coordonner au mieux la mise en œuvre des initiatives régionales.

M. ABDOU ABARRY (Niger) a salué les efforts de normalisation des relations diplomatiques entre les pays de la région menés par le Président de la République démocratique du Congo (RDC). Le Niger appelle à la mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région. Il s’est réjoui de l’appel au cessez-le-feu lancé par le Président de la République centrafricaine (RCA). Ces mesures sont des étapes vers la paix dans la région, a estimé le représentant. Cependant, en dépit de ces rapprochements, il a déploré la situation sécuritaire qui reste préoccupante en RDC et en RCA, où les civils et dirigeants communautaires sont ciblés par des groupes armés.

Reconnaissant les efforts déployés pour lutter contre les groupes armés, le représentant a estimé que l’option militaire ne peut être la seule réponse à leur violence. Il faut aussi des mesures non militaires, notamment un contrôle des ressources minières naturelles. Le représentant a invité les acteurs concernés à se servir du Processus de Kimberley et des recommandations issues de l’atelier de Khartoum, de façon à garantir que ces ressources servent aux pays d’origine, et par ricochet à leurs populations. La question du commerce illicite des armes légères et de petit calibre, en tant que facteur aggravant les conflits, doit également être prise en compte.

M. HAI ANH PHAM (Viet Nam) a souligné le rôle vital de la coopération régionale dans la prévention et le règlement des conflits. Il a salué la pertinence de la déclaration adoptée sous la présidence kényane afin de renouveler les efforts face aux causes profondes des conflits dans la région. Il s’est félicité de l’engagement continu des États signataires dans la mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération (PSC) pour la RDC et la région. « La coopération régionale joue sans aucun doute le rôle central pour relever les défis communs, notamment les activités illégales des groupes armés, l’exploitation et le commerce illicites des ressources naturelles, les effets néfastes des catastrophes naturelles et la pandémie de COVID-19 », a insisté le représentant.

M. Pham a mis en exergue la contribution irremplaçable des organisations régionales et sous-régionales, dont l’Union africaine, la CIRGL et la Communauté de développement de l’Afrique australe. Il a salué l’engagement de haut niveau entre les pays de la région pour redynamiser les relations aux niveaux bilatéral et multilatéral, en particulier les mesures prises par le Président de la RDC. « L’adoption récente de la feuille de route conjointe de Luanda, qui a conduit à des étapes cruciales vers la revitalisation du processus de paix en RCA, est hautement louable », a-t-il ajouté.

Tout en se félicitant du retour progressif des réfugiés au Burundi, M. Pham s’est dit troublé par le sort de millions de personnes déplacées et de réfugiés dans la région, notamment en RDC, où 27 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire. Il a estimé que cette situation précaire des populations de la région nécessitait des mesures globales et pragmatiques pour s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité. Il s’est dit fermement convaincu que la Stratégie des Nations Unies pour la consolidation de la paix, la prévention et la résolution des conflits dans la région, avec son plan d’action pour la période 2021-2023, serait une excellente plateforme pour canaliser les efforts visant à aider à la mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région.

Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis) a assuré du soutien de son pays aux principes de la Stratégie des Nations Unies pour la région des Grands Lacs approuvée il y a un an, à la feuille de route annoncée cet été et aux recommandations adoptées en septembre lors de l’atelier de Khartoum sur les ressources naturelles. Elle a particulièrement salué l’accent mis par le Kenya sur l’exploitation illégale des ressources naturelles, telles que les minéraux, la faune et le bois, par des groupes armés, des acteurs étatiques corrompus et des réseaux commerciaux criminels. Elle a souligné son accord avec les commentaires faits aujourd’hui sur cette question par le Secrétaire exécutif de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. « Ces actions alimentent clairement le conflit dans l’est de la RDC.  Elles aident les groupes terroristes et représentent un danger pour toute la région. Nous devons faire quelque chose à ce sujet et nous devons le faire maintenant », a-t-elle déclaré.

Mme Thomas-Greenfield a ensuite exhorté les gouvernements de la région à respecter leurs engagements en tant qu’États membres de la CIRGL. Cela signifie, a-t-elle précisé, considérer la gestion responsable des ressources naturelles comme vitale pour le développement économique, social et de la gouvernance de la région. En outre, a-t-elle poursuivi, la chaîne d’approvisionnement du secteur privé doit assurer une diligence raisonnable des opérateurs du secteur privé dans les domaines extractifs conformément aux lignes directrices de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). La représentante a ainsi déclaré que, tant que les groupes armés et autres continueront de profiter des minerais passés en contrebande de la RDC, il sera nécessaire de poursuivre une plus grande coopération transfrontalière sur les normes de la chaîne d’approvisionnement, la traçabilité, la normalisation tarifaire et l’harmonisation fiscale.

M. T. S. TIRUMURTI (Inde) a considéré que les récents développements politiques dans la région, qu’il s’agisse de la poursuite de la mise en œuvre du Cadre stratégique de l’ONU pour la région des Grands Lacs ou de la tenue d’élections pacifiques en Ouganda, en République du Congo, en République centrafricaine et en Zambie, « reflètent la foi des peuples dans les institutions démocratiques et les élections ». Les dirigeants des pays concernés ont également suivi la voie du dialogue et ont joué un rôle déterminant dans le renforcement des relations bilatérales entre la RDC et le Rwanda, le Burundi et le Rwanda et le Burundi et la RDC, s’est félicité le représentant. M. Tirumurti a, de plus, salué le fait que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine avait décidé de retirer le Burundi de son ordre du jour, « ce qui illustre une amélioration de la situation dans ce pays ».

Le représentant a néanmoins reconnu que, si la stabilité politique est une condition nécessaire pour relever les défis communs, l’amélioration de l’environnement sécuritaire reste essentielle pour permettre un développement socioéconomique pérenne dans la région. Pour ce faire, l’Inde plaide pour une approche soutenue et coordonnée concentrant les efforts sur le renforcement de l’autorité de l’État et de l’état de droit, celui de la sécurité des frontières et sur la pleine mise en œuvre des programmes de désarmement, démobilisation et réintégration. L’Initiative régionale contre l’exploitation illégale des ressources naturelles, qui comprend un mécanisme régional important de certification des minéraux, doit être soutenue et élargie.

En conclusion, M. Tirumurti a assuré le Conseil de sécurité de la poursuite par l’Inde des relations bilatérales étroites qu’elle entretient de longue date avec tous les pays de la région des Grands Lacs, cela par le biais d’échanges d’experts, de programmes de formation et de renforcement des capacités et d’un soutien accru à la reconstruction postconflit.

M. JAMES KARIUKI (Royaume-Uni) a déclaré que pour parvenir à la paix et à la stabilité à long terme dans les Grands Lacs, toutes les parties devraient donner la priorité à la promotion du dialogue et au renforcement de la confiance, afin de réduire la menace des groupes armés dans la région. C’est pourquoi le Royaume-Uni se félicite vivement de l’amélioration des relations bilatérales entre les États de la région et encourage la poursuite d’une communication bilatérale régulière, y compris au niveau des chefs d’État, et avec les Nations Unies, en particulier sur la question de l’insécurité dans l’est de la RDC. Le lancement du groupe de contact et de coordination sur les mesures non militaires est une étape importante vers une coopération renforcée en matière de sécurité dans la région.

S’agissant des ressources naturelles, le Royaume-Uni appelle les gouvernements régionaux à jouer leur partition en intensifiant les efforts nationaux pour lutter contre la corruption et améliorer l’état de droit et la fiscalité nationale. M. Kariuki s’est félicité des conclusions de l’atelier de haut niveau de Khartoum, où les participants ont convenu d’une approche cohérente en matière de lutte contre l’exploitation et le commerce illégaux des ressources naturelles. Il a néanmoins regretté que le Groupe d’experts des Nations Unies n’ait pas pu fournir de rapports concrets et exploitables sur la contrebande de ressources naturelles dans la région. Ces rapports sont d’une énorme valeur pour les acteurs régionaux et internationaux dédiés à la lutte contre ce problème, a fait observer M. Kariuki.

M. ZHANG JUN (Chine) a estimé que la situation s’est améliorée dans la région des Grands Lacs grâce aux mesures prises par les États de la région dans la mise en œuvre de de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo (RDC) et la région (l’Accord-cadre). « Les incidents transfrontaliers ont diminué et le Burundi a été retiré de l’ordre du jour de nos travaux », s’est félicité le représentant avant d’exhorter les pays de la région à maintenir la dynamique dans la coopération régionale par le biais de solutions communes. Illustrant son propos, il a salué les réunions récentes entre les responsables de la sécurité de plusieurs pays de la région, dont la RDC et le Rwanda. Il a également souligné l’importance de la prochaine réunion du mécanisme régional de suivi de la mise en œuvre de l’Accord-cadre.

Par ailleurs, M. Zhang a exhorté les pays de la région à mettre en place des cadres juridiques permettant de lutter contre l’exploitation illégale des ressources naturelles et de favoriser des investissements responsables. Il a salué l’importance de l’atelier de haut niveau sur les ressources naturelles dans la région des Grands Lacs, organisé à Khartoum début septembre. Alors que le taux de vaccination n’est que de 6% dans la région, le représentant a estimé que les pays de la région des Grands Lacs ne pourront retrouver avant 2025 leur niveau de PIB par habitant antérieur à la pandémie. Dans ce contexte, il a noté que 12 pays de la région utilisent aujourd’hui des vaccins offerts par la Chine. Enfin, le représentant s’est félicité de la nouvelle stratégie arrêtée par l’Envoyé spécial du Secrétaire général après avoir écouté les attentes des pays de la région. Après avoir appelé à bien préparer la stratégie de sortie de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), il a attiré l’attention sur la prochaine conférence sur l’investissement privé dans la région des Grands Lacs.

M. TÉTÉ ANTÓNIO, Ministre des relations extérieures de l’Angola, a déclaré que le Gouvernement angolais restait attaché à une approche régionale pour la mise en œuvre effective de son Plan stratégique et de la Stratégie des Nations Unies pour la consolidation de la paix, de la prévention et du règlement des conflits dans la région des Grands Lacs. C’est une condition sine qua non pour résoudre les causes profondes des conflits et des obstacles qui continuent d’entraver les progrès vers le développement socioéconomique et l’intégration régionale, a expliqué le Ministre.

Les résultats obtenus dans le cadre de l’Accord-cadre sur la consolidation de la paix, la sécurité et la prévention n’occultent pas certains défis comme l’exploitation illicite des ressources naturelles, les relations tendues entre certains pays de la région, un nombre élevé de réfugiés et de personnes déplacées, les violations des droits de l’homme, les questions humanitaires et la menace terroriste croissante dans la sous-région, a ajouté M. António. Le Ministre a souligné le rôle central que joue la diplomatie préventive dans le règlement des conflits dans la région des Grands Lacs et la nécessité urgente de placer ladite région sur la voie du développement durable par la promotion des investissements et par une participation accrue des institutions financières internationales et du secteur privé afin d’améliorer les moyens de subsistance de la population.

Rappelant les résultats des derniers sommets de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), M. António a pris note du cessez-le-feu annoncé par le Président de la République centrafricaine (RCA), M. Faustin-Archange Touadéra, le 15 octobre 2021. Il a exhorté toutes les parties à le respecter et à s’engager de manière constructive dans la mise en œuvre de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en RCA de 2019. Il a de nouveau demandé au Conseil de sécurité de lever l’embargo sur les armes imposé à la RCA.

Toujours dans le cadre des initiatives diplomatiques de haut niveau dans la région visant à renforcer la coopération en matière de sécurité, un groupe de contact et de coordination a été créé par le Burundi, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda, a aussi expliqué M. António. Ce groupe est chargé de coordonner la mise en œuvre de mesures non militaires pour compléter les opérations militaires contre les « forces négatives » dans la région. Cela nécessite la participation des organisations de la société civile, des communautés locales, des autorités provinciales et des commissions nationales DDRR, a-t-il rappelé. Il a vu dans cette initiative une étape importante vers la réduction de la menace posée par les groupes armés.

Le Ministre a aussi déclaré que la partie orientale de la RDC, qui abrite une des plus fortes concentrations de minéraux et de métaux précieux, représentait un défi multidimensionnel pour le développement économique et humain des pays touchés et de la région dans son ensemble. Un engagement renouvelé est donc nécessaire pour remettre la région des Grands Lacs sur la voie du développement durable: un leadership fort, une volonté politique, des institutions fortes et viables et l’édification de l’État sont des conditions préalables essentielles pour assurer la participation effective des citoyens et des communautés aux choix socioéconomiques et politiques, la transparence dans le secteur public et une bonne gestion financière.

M. CLAUDE IBALANKY EKOLOMBA, Haut-Représentant du Président de la République démocratique du Congo (RDC) et Coordonnateur du Mécanisme national de suivi, a salué l’occasion qui lui est offerte d’évoquer les mesures à mettre en œuvre pour améliorer l’exécution de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, cela au bénéficie des populations de cette « terre d’Afrique ». Il a assuré les membres du Conseil de sécurité de la profonde volonté politique de son pays de mettre pleinement en œuvre tous les engagements souscrits aux termes de l’Accord-cadre, des résultats notables ayant déjà été enregistrés dans l’élaboration des réformes nationales découlant de ces engagements.

Concernant la situation en matière de sécurité, M. Ekolomba a souligné que le Président de la RDC, face à l’activisme récurrent des groupes armés étrangers -lequel constitue un obstacle à la sécurité nationale dans la partie orientale du pays-, a décrété en mai dernier l’état de siège dans la province de l’Ituri et du Nord-Kivu. Depuis cette date, ce sont les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) qui administrent la région et garantissent la sécurité des populations, a-t-il expliqué, notant que plusieurs opérations militaires ont permis la neutralisation de centaines de miliciens, la récupération de stocks d’armes et de munitions, le démantèlement de trafics illicites d’armes et de minerais ou encore la libération de nombreux otages détenus par des groupes armés, dont les ADF.

Pour l’orateur, il convient de combiner mesures militaires et non militaires pour éradiquer l’insécurité, et les autorités de son pays comptent sur l’appui du Conseil de sécurité à cette fin, en particulier pour mener jusqu’à son terme la mise en œuvre des programmes de DDR. La consolidation de la paix dans l’est exige de s’attaquer aux causes profondes des conflits en luttant contre l’exploitation illégale des ressources naturelles, ce qui, là encore, suppose la mobilisation des pays de la région et de toute la communauté internationale, a-t-il ajouté. M. Ekolomba a par ailleurs rappelé que le Président a su inscrire le pays dans une dynamique de coopération diplomatique et économique active avec le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda, dynamique qui a été saluée par le Secrétaire général dans son rapport.

Il a enfin insisté sur la nécessité de se concentrer sur les objectifs politiques de l’Accord-cadre, à savoir l’exécution des programmes de pacification et de stabilisation de l’est, le renforcement des capacités locales de gestion des conflits, l’affermissement de la cohésion nationale et le renforcement de la coopération nationale et internationale « au bénéfice de la région des Grands Lacs ». M. Ekolomba a conclu en assurant le Conseil de la détermination de son pays de faire de la dixième réunion du Mécanisme national de suivi, qui se tiendra le 8 décembre en mode hybride, un succès.

M. ADONIA AYEBARE (Ouganda) a relevé une amélioration de la coopération entre les pays de la région des Grands Lacs tant au niveau bilatéral que sous-régional, et notamment un regain d’optimisme dans l’amélioration des relations bilatérales entre la République démocratique du Congo (RDC) et tous ses voisins - avec un accent particulier sur la lutte contre les causes profondes des conflits et de l’instabilité dans la région. Notamment, il a souligné que les relations entre l’Ouganda et la RDC de Felix Antoine Tshisekedi sont excellentes et que les domaines de coopération ont été élargis. Des défis sécuritaires subsistent toutefois dans la région, parmi lesquels la poursuite des activités d’un certain nombre de groupes armés comme les Forces démocratiques alliées, qui continuent de commettre des actes terroristes en RDC contre la population civile et la MONUSCO, et de constituer une menace pour l’Ouganda et la région. Le représentant a estimé que le Conseil de sécurité est particulièrement bien placé pour faire face de manière décisive à cette menace en se concentrant sur l’élimination totale de ces groupes terroristes, qui continuent de prospérer grâce aux produits de l’exploitation et du commerce illicites des ressources naturelles en RDC.

M. Ayebare a ensuite évoqué comme autre exemple de coopération le mini-sommet d’octobre 2020 des Chefs d’État de l’Ouganda, du Rwanda, de l’Angola et de la RDC, lors duquel ils ont convenu de conjuguer leurs efforts pour éradiquer les forces négatives et les groupes armés opérant dans la sous-région des Grands Lacs, et de travailler ensemble pour mettre fin à l’exploitation et au commerce illicites des ressources naturelles. Aussi, il a jugé essentiel que l’ONU, et en particulier le Conseil, reconnaissent le rôle joué par les mécanismes régionaux en Afrique en tant qu’éléments constitutifs de la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans la région, citant notamment la Communauté de l’Afrique de l’Est et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. L’Ouganda a ainsi ratifié le Pacte de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs sur la sécurité, la stabilité et le développement, qui contient un protocole contre l’exploitation illégale des ressources naturelles.

M. ZÉPHYRIN MANIRATANGA (Burundi)a déclaré que le Burundi a retrouvé la paix et la sécurité. Le Gouvernement issu des élections de 2020 a mis en place un programme national de capitalisation de la paix s’appuyant sur le plan de développement national 2018-2027 et les six priorités du Président du Burundi: la bonne gouvernance; la sante publique; l’agriculture et l’élevage; l’emploi des jeunes; la protection sociale; et la paix et la réconciliation nationale. Il s’est particulièrement félicité que son pays ne figure plus à l’ordre du jour des travaux du Conseil de sécurité. Par ailleurs, le représentant a estimé que le principal problème des pays de la région est le manque de financement international à l’appui aux programmes de développement économique. Il a salué l’approche participative utilisée par l’Envoyé spécial du Secrétaire général dans l’élaboration du nouveau plan d’action de la stratégie régionale de paix. Enfin, le représentant a dit la volonté du Burundi de continuer à servir dans les opérations de maintien et de consolidation de la paix pour y partager son expérience dans ces domaines.

Mme VALENTINE RUGWABIZA (Rwanda) a déclaré que les pays de la région restaient confrontés aux conséquences socioéconomiques de la pandémie de COVID-19 et que, de plus, des forces négatives étrangères continuaient de sévir dans l’est de la RDC, qui ont notamment attaqué le Rwanda le 27 août 2021. Ces forces négatives accentuent l’instabilité et terrorisent les populations locales, a rappelé la représentante, qui a salué le cessez-le-feu décrété en République centrafricaine et a exhorté les groupes armés à le respecter.

Pour que la région réalise son potentiel, les forces négatives doivent être neutralisées, a insisté Mme Rugwabiza. Le Rwanda contribuera à la paix et au développement dans la région en coopération avec tous les pays voisins, a-t-elle assuré. Pour y parvenir, et pour assurer une paix durable dans toute la région, le renforcement des programmes de désarmement, démobilisation, rapatriement et réintégration est fondamental, a ajouté Mme Rugwabiza. En outre, il faut priver les réseaux qui alimentent en armes et en munitions de leurs activités. La représentante a insisté sur le fait qu’une coopération accrue dans les domaines du développement et de la sécurité sera fondamentale.

Insistant également sur l’importance du commerce transfrontalier régional, Mme Rugwabiza a annoncé que le Rwanda organiserait une conférence sur la question, dont l’objectif sera de mobiliser l’investissement sur les richesses naturelles et les possibilités économiques de la région. Cela servira la cause de la paix et transformera la région des Grands Lacs, a-t-elle prédit.

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