Skip to main content

États-Unis : Les migrants haïtiens subissent un traitement discriminatoire

Countries
USA
+ 1 more
Sources
HRW
Publication date
Origin
View original

De nombreux migrants, dont certains ont été pourchassés par des garde-frontières à cheval, ont été expulsés vers Haïti, où ils encourent des dangers

(Washington) – Le déploiement d’agents frontaliers américains à cheval contre des migrants haïtiens le 19 septembre 2021 résulte des politiques d’immigration abusives et discriminatoires sur le plan racial de l’administration du président Joe Biden, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La veille, le Département de la Sécurité intérieure avait annoncé une « stratégie en six étapes pour faire face à la hausse du nombre de migrants à [la ville frontalière du Texas de] Del Rio » qui comprenait un « déploiement » d’agents pour « améliorer le contrôle de la zone » et de nouveaux vols d’expulsion vers Haïti.

Les Haïtiens sont renvoyés dans leur pays en vertu d’une politique américaine connue sous le nom de Title 42 (Titre 42), qui considère que les demandeurs d’asile arrivant aux États-Unis par des frontières terrestres – en particulier ceux en provenance d’Amérique centrale, d’Afrique et d’Haïti qui sont disproportionnellement noirs, autochtones et latinos – doivent être expulsés. Expulsions justifiées au nom de supposées raisons de santé publique, qui sont discriminatoires et abusives. En revanche, des milliers d’autres voyageurs peuvent entrer sur le territoire américain.

« Le gouvernement américain a fait preuve d’un mépris total pour le droit de demander l’asile lorsqu’il a dépêché des gardes-frontières à cheval pour contrôler et dissuader cette population migrante en grande partie noire », a déclaré Alison Parker, directrice du programme États-Unis au sein de Human Rights Watch. « Ce traitement violent des Haïtiens à la frontière n’est que le dernier exemple de politiques frontalières états-uniennes discriminatoires, abusives et illégales qui provoquent souffrance et désastre humanitaire.»

Les vols nouvellement programmés sont les plus récents d’une série d’expulsions vers Haïti auxquelles l’administration a procédé, malgré la fuite de documents révélant que le personnel de la Sécurité intérieure a mis en garde contre les « préjudices » que les migrants et les demandeurs d’asile renvoyés en Haïti « pourraient subir », notamment des crimes violents, des enlèvements, dans un contexte de crise politique et de troubles civils. En août, Human Rights Watch et 343 autres organisations de la société civile Haitian Bridge Alliance et Black Alliance for Just Immigration (BAJI), ont appelé le président Biden à mettre fin aux expulsions vers Haïti, citant des préoccupations similaires relatives aux droits humains.

Pas plus tard qu’en mai, le gouvernement américain a reconnu que les troubles politiques et les violations des droits humains avaient empêché les Haïtiens de retourner en toute sécurité dans leur pays, incitant le département de la Sécurité intérieure à désigner les Haïtiens se trouvant aux États-Unis à partir du mois de mai comme étant éligibles au statut de protection temporaire (TPS). En vertu de la loi américaine, ce statut ne s’applique pas aux nouveaux arrivants.

Depuis l’annonce de la stratégie en six étapes, le Département aurait expulsé des Haïtiens de Del Rio à raison de cinq à huit vols par jour et interdit aux personnes de fuir Haïti par la mer. Ces procédures remettent en mémoire les politiques abusives des années précédentes, lorsque les demandeurs d’asile haïtiens avaient été interdits et renvoyés sommairement, bien que certains aient finalement été détenus à la base navale américaine de Guantanamo Bay, à Cuba, ou sur des navires, et que leur demande d’asile ait été examinée. Les actions de l’administration violent le droit américain et international si elles aboutissent à refuser aux Haïtiens le droit de contester leur renvoi vers un pays où ils pourraient être menacés, a relevé Human Rights Watch.

Human Rights Watch et d’autres organisations ont exhorté l’administration à mettre fin aux dispositions du Titre 42 (« Title 42 »), en vertu duquel les expulsions sont pratiquées, car elle est illégale et s’appuie sur un argument de santé publique fallacieux. En mai, des experts médicaux de la Sécurité intérieure ont condamné les dispositions du Titre 42, affirmant qu’elle n’avait pas de justification valide en matière de santé publique.

« Le recours continu de l’administration Biden au Titre 42 pour justifier le renvoi de personnes en Haïti rompt avec les meilleures pratiques de santé publique et le droit international des droits de l’homme », a constaté Alison Parker. « Si Biden ne change pas de cap, il risque de trahir sa promesse d’une initiative à tous les échelons du gouvernement pour lutter contre l’équité raciale et soutenir les communautés mal desservies, et corriger le racisme systémique dans l’ensemble des politiques, lois et programmes fédéraux. »

Les images et la vidéo d’agents fédéraux majoritairement blancs à cheval à Del Rio en train de brandir de longues rênes et de pourchasser des migrants noirs font ressurgir une histoire américaine souvent peu questionnée et perturbante de violences raciales et ethniques, notamment aux mains des patrouilles frontalières, des surveillants d’esclaves et des miliciens, a déclaré Human Rights Watch. Cet héritage explique la manière dont les agences d’application des lois sont perçues aux Etats-Unis par de nombreuses personnes. En 2019, des responsables locaux de l’application des lois au Texas ont reconnu la « perception négative » de leurs actions et se sont excusées après qu’une image a circulé en ligne montrant des policiers blancs escortant à cheval à l’aide une corde un homme noir arrêté et menotté.

Interrogée sur les récentes images de la frontière, l’attachée de presse de la Maison Blanche, Jen Psaki, a déclaré : « Je ne peux pas imaginer quel contexte justifierait une telle scène », tout en refusant de se prononcer sur la nécessité d’établir les responsabilités pour un usage excessif de la force.

Le ministre qui dirige le Département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security), Alejandro Mayorkas, qui s’est rendu à Del Rio, a déclaré aux médias que « pour contrôler le cheval, de longues rênes sont nécessaires, mais nous allons enquêter pour nous assurer que cette situation correspond bien à ce que nous savons. Si les choses s’avèrent différentes, nous agirons en conséquence. » Par la suite, le département a annoncé une enquête disciplinaire sur ces images « extrêmement perturbantes », déclarant que Mayorkas avait ordonné une enquête interne sur le comportement des agents du camp de migrants de Del Rio.

L’administration Biden devrait activement s’attaquer à l’histoire de racisme systémique au sein des agences d’application des lois chargées de l’immigration aux États-Unis, et réviser de toute urgence les politiques de discrimination raciale comme le Titre 42, a préconisé Human Rights Watch.

« Le recours au Titre 42 s’inscrit dans le cadre de la longue histoire, tragique et sordide, du gouvernement américain interdisant d’entrée et expulsant sommairement des migrants et des demandeurs d’asile haïtiens », a conclu Alison Parker. « Au lieu de persévérer dans des politiques dures, racialement discriminatoires et illégales dirigées contre un groupe de personnes en grande majorité noires, l’administration Biden devrait rompre sans équivoque avec ce passif et garantir un traitement égal pour tous. »

Human Rights Watch: © Copyright, Human Rights Watch - 350 Fifth Avenue, 34th Floor New York, NY 10118-3299 USA