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Afrique : Donner la priorité à l’éducation pour protéger les droits des enfants

Pays
Burkina Faso
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Sources
HRW
Date de publication
Origine
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Les gouvernements africains devraient garantir une éducation gratuite pour tou·te·s, et agir pour mettre fin aux abus

(Nairobi) – Les gouvernements africains de tout le continent devraient intensifier leurs efforts et fournir un financement suffisant pour garantir que tous les enfants puissent jouir de leur droit à une éducation, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui, à l’occasion de la Journée de l’enfant africain célébrée par l’Union africaine.

Malgré des progrès importants au cours des dernières décennies pour assurer une large ratification et mise en œuvre de la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, de nombreux enfants africains se voient refuser leur droit fondamental à l'éducation. Cela comprend des dizaines de milliers de filles confrontées à des obstacles discriminatoires en raison de la grossesse, de la parentalité ou du mariage des enfants. Des enfants dans au moins 18 pays africains sont affectés par des attaques contre l’éducation et par l’utilisation de leurs écoles à des fins militaires.

« *Les enfants à travers l'Afrique sont confrontés chaque jour à de nombreux abus et obstacles interconnectés à leur droit à l'éducation *», a déclaré Carine Kaneza Nantulya, directrice du plaidoyer au sein de la division Afrique de Human Rights Watch. « Des millions d'enfants ont été exclus ou ont pris du retard dans leur apprentissage pendant la pandémie, et l'impact économique a contraint beaucoup d'entre eux à entreprendre des travaux souvent dangereux et épuisants, les obligeant à abandonner l'école. »

Le thème choisi par l’Union africaine pour la Journée de l’enfant africain en 2021 est axé sur l’accélération de la mise en œuvre de sonAgenda 2040, qui décrit les engagements de l'UA pour assurer le progrès des enfants et des jeunes. Garantir le droit à une éducation gratuite, de qualité et inclusive, et réduire les inégalités d'accès à une éducation de qualité, est essentiel pour mener à bien ce programme.

Avant même la pandémie de Covid-19, l’Afrique subsaharienne avait les taux de non-scolarisation et les taux d'exclusion les plus élevés au monde. Trente-deux millions d'enfants en âge d'aller à l'école primaire et 28 millions d'adolescents en âge d'aller à l'école secondaire n'étaient pas scolarisés. Des fermetures d’écoles liées à la pandémie et le manque d’accès à l’apprentissage à distance hors ligne ou en ligne, ont exacerbé les inégalités préexistantes.

Des millions d'enfants étaient déjà confrontés à des obstacles financiers, sociaux et discriminatoires et risquaient fortement d'être exclus d'une éducation de qualité – en particulier les filles, les enfants présentant un handicap, les enfants de ménages à faibles revenus, et ceux qui vivent dans des zones touchées par des conflits armés. L’augmentation du recours aux écoles privées ou des frais de scolarité illégalement perçus et autres coûts indirects dans les écoles publiques ont longtemps été un obstacle pour de nombreux enfants, notamment dans les pays qui théoriquement garantissent un enseignement primaire et secondaire universel et gratuit.

La pandémie a davantage exacerbé les inégalités socio-économiques de l'Afrique et les lacunes existantes dans les systèmes d'éducation, de santé et de protection sociale, avec un impact significatif sur la vie des enfants. Les fermetures d'écoles à l'échelle nationale ont également contribué à une augmentation du travail des enfants. De nombreux enfants n'avaient pas accès à l'apprentissage à distance.

Dans des pays comme l’Ouganda et le Ghana, où les programmes d'aide en espèces pour les familles pendant la pandémie ont été insuffisants, de nombreux enfants ont été contraints à travailler dans des conditions abusives et dangereuses afin de subvenir aux besoins de leur famille. Dans de nombreux cas, les enfants avaient déjà abandonné l'école avant la pandémie parce qu'ils n'avaient pas les moyens de payer les frais de scolarité, ou travaillaient de longues heures exténuantes non seulement pour subvenir aux besoins de leur famille, mais aussi pour gagner de l'argent afin de pouvoir retourner à l'école.

De nouvelles estimations de l'Organisation internationale du Travail et de l'UNICEF ont constaté qu'en Afrique subsaharienne, le nombre d'enfants qui travaillent a augmenté de 16,6 millions entre 2016 et 2020, entraînant la première augmentation des taux mondiaux en 20 ans.

Le continent africain présente les taux de fécondité adolescente les plus élevés au monde, et les grossesses chez les adolescentes ont augmenté pendant les confinements dans divers pays. Partout en Afrique, des dizaines de milliers d'élèves sont exclues de l'école parce qu'elles sont tombées enceintes ou sont devenues mères. De nombreux pays ne disposent pas de politiques de réintégration après l’accouchement, ni pour gérer les grossesses chez les adolescentes dans les écoles.

Les gouvernements qui ont pris des engagements fermes ces dernières années pour garantir que les filles enceintes et les mères puissent aller à l'école devraient rapidement traduire leurs promesses en action. Ils devraient suivre les exemples de la Sierra Leone, de l’Ouganda, et de São Tomé e Principe, qui ont récemment supprimé les interdictions ou modifié les politiques, afin de garantir que les élèves enceintes et les mères puissent reprendre l'éducation formelle dans les écoles publiques.

Les gouvernements africains devraient adopter de toute urgence des plans afin de rétablir le droit à l'éducation pour des millions d'élèves qui risquent de ne pas retourner à l'école une fois les écoles rouvertes pour l'enseignement en personne, ainsi que pour ceux qui ont dépassé l’âge de l'école obligatoire pendant la pandémie. Ils devraient également veiller à ce que l'enseignement primaire et secondaire soit entièrement gratuit, garantir une éducation de qualité et inclusive pour les enfants présentant un handicap, renforcer les systèmes d'éducation publics et garantir des investissements et des ressources adéquats pour l'éducation.

L'Union africaine devrait également faire pression sur les gouvernements afin qu'ils adoptent d'urgence des lois et des politiques qui encouragent les filles à rester à l'école, et qu'ils cessent d'interdire aux filles enceintes de poursuivre leur éducation et de réussir leurs études, a déclaré Human Rights Watch.

En réponse à l'augmentation de la pauvreté pendant la pandémie de Covid-19, les gouvernements devraient fournir des allocations en espèces aux familles qui en ont besoin. Les gouvernements devraient veiller à ce que les écoles ne facturent aucun frais ou n'attendent aucune contribution de la famille, et assurer un suivi auprès des enfants les plus à risque d'abandonner afin de s'assurer qu'ils retournent à l'école.

Tous les pays de l’Union africaine devraient approuver la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, un engagement intergouvernemental à renforcer la prévention et la réponse aux attaques contre les élèves, les enseignants, les écoles et les universités en temps de guerre. Bien que 30 pays africains aient approuvé la déclaration – et se sont avérés des leaders dans la mise en œuvre de leurs engagements au cours de l’année dernière, des enfants, des enseignants et des écoles sont attaqués, notamment au Burkina Faso, au Cameroun, en République démocratique du Congo, en Éthiopie et au Nigeria.

Les combats en cours dans la région du Tigré en Éthiopie privent de nombreux enfants d'une éducation, toutes les parties au conflit utilisant des écoles comme bases militaires, et les soldats endommageant des écoles et détruisant des salles de classe, et emportant du matériel d'apprentissage, a constaté Human Rights Watch. Au Nigeria, les écoles et les écoliers sont la cible d’attaques de grande envergure et d’enlèvements de la part de groupes armés, notamment de groupes insurgés comme Boko Haram.

L'Union africaine devrait continuer d'appeler les États membres à garantir que les enfants sont à l'abri des attaques contre l'éducation et à restreindre l'utilisation des écoles à des fins militaires, a déclaré Human Rights Watch.

« Pour réaliser l'Agenda 2040 de l'UA, l'Union africaine doit veiller à ce que tous les enfants africains aient accès à une éducation de bonne qualité et qu'ils soient à l'abri de la violence, de l'exploitation ou de la discrimination, dans n'importe quel contexte », a conclu Carine Kaneza Nantulya. « Les gouvernements africains devraient veiller à ce que les enfants soient au cœur de leurs plans de relance après la pandémie, en accordant la priorité à l'éducation et en s'attaquant d'urgence aux problèmes de longue date dans les systèmes d'éducation publique, causés par l'absence de cadres juridiques et par des politiques et des ressources insuffisantes. »

Pour plus d’information
Les recherches de Human Rights Watch dans les pays africains comprennent des rapports sur les obstacles à l’éducation primaire et secondaire ; la privatisation de l’éducation en Ouganda ; les mariages d’enfants au Malawi, au Soudan du Sud, en Tanzanie, et au Zimbabwe ; la violence sexuelle et sexiste dans le cadre scolaire au Sénégal ; les châtiments corporels en Tanzanie ; les discriminations contre les enfants présentant des handicaps en Afrique du Sud et les enfants atteints d’albinisme en Tanzanie et au Mozambique ; les discriminations contre les filles enceintes et les mères adolescentes ; le travail des enfants en Tanzanie, au Ghana, et en Ouganda ; la mendicité forcée et l’exploitation des enfants par des enseignants coraniques au Sénégal ; l’impact de la pollution au plomb en Zambie ; les enfants soldats et les enfants accusés d’appartenir à des groupes terroristes au Nigeria ; les attaques contre l’éducation et l’occupation militaire des écoles ; et la formation militaire forcée des élèves de l’enseignement secondaire en Érythrée, entre autres.

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