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Pour un renouveau du Pacte social au Burkina Faso - Jeter les bases d'une paix durable au Burkina Faso : Analyse participative des facteurs de conflit et de résilience | Rapport de recherche participative, Mars 2021

Pays
Burkina Faso
Sources
Govt. Netherlands
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Date de publication
Origine
Voir l'original

Résumé exécutif

Ce rapport analyse les principaux déterminants conflictuels au Burkina Faso, pays marqué par une escalade de la violence ainsi qu’un délitement de sa situation sécuri- taire ces cinq dernières années. En effet, l’analyse de conflit qui a été menée dans le cadre du projet « Jeter les bases d'une paix durable au Burkina Faso : Analyse participative des facteurs de conflit et de résilience » financé par le Royaume des Pays-Bas a permis à la population Burkinabè d’identifier par elle-même les principaux facteurs du conflit, les sources de résilience et de faire des recommandations pour bâtir une paix durable. Cinq cent trente-huit personnes dans les treize régions du pays ont participé à l’analyse des facteurs de conflits et de résilience. Les données issues de ce diagnostic participatif ont été complétées par une enquête quantitative menée auprès de deux mille trois cent quatre-vingt-seize personnes dans six régionsdu pays, dont les plus affectés par l’insécurité (disponible en ligne https://bfrn.elva.org/fr).

L’analyse des différentes données met en exergue une dynamique de conflits liée à des causes structurelles et conjoncturelles :

L’inégalité dans l’accès et la jouissance des opportunités existantes Cette situation est due à la défaillance de l’Etat dans la distribution des richesses natio- nales (les ressources naturelles, le foncier, les infrastructures de développement, etc.) et dans la régulation de la compétition autour de ces questions. Ces frustrations rendent les jeunes plus vulnérables face aux logiques d’engagement des réseaux de violence. Ceux-ci s’engagent dans des actes de violence non pas parce qu’ils vivent une situation de misère, mais parce qu’ils estiment qu’ils ne sont pas à leur juste place et que leur situation socioéconomique est précaire.

Le déficit de bonne gouvernance à l’origine d’une rupture de confiance entre gouvernants et gouvernés Les populations estiment que les réformes politiques et économiques ne leur permettent pas de profiter des ressources de leur pays. À cela, s’ajoutent la corruption dans les services publics, le déficit de communication, l’impunité et la défaillance du système judiciaire. Du point de vue des participants, ces éléments ont peu à peu contribué à briser la confiance des Burkinabè dans les institutions publiques. En plus de ces raisons, le refus de l’alternance politique a été cité comme une des causes de l’insécurité dans le pays.

Une gouvernance sécuritaire confrontée à l’émergence des groupes d’auto-défense

On constate une émergence de nouveaux acteurs sécuritaires (groupes d’autodéfense et volontaires de la patrie) qui, bien que jouissant d’une acceptation populaire, sont de plus en plus décriés du fait de leurs actes parfois arbitraires et illégaux. Par ailleurs, les Forces de défense et de sécurité (FDS) souffrent également d’un discrédit auprès de certaines po- pulations, empêchant ainsi toute forme de collaboration. Ces réalités sur le plan sécuritaire ne cessent d’alimenter aujourd’hui des conflits latents.

Les stéréotypes ethniques, risques de frustration, de fragmentation sociale et de régionalisme

La suspicion et la stigmatisation basée sur l’ethnie fragilisent davantage le tissu social. L’identité nationale n’étant plus très forte, elle a cédé le pas aux identités religieuses et culturelles qui montent en puissance. Dans la Boucle du Mouhoun et dans la région du Nord par exemple, 28% des personnes touchées par l’enquête quantitative se définissent en premier lieu par leur religion.

La dilution de la légitimité de l’autorité traditionnelle comme entrave à la cohésion sociale

La dilution de la légitimité de l’autorité traditionnelle a réduit la capacité des chefs tra- ditionnels à juguler les tensions au sein de leurs communautés ; car ils sont de moins en moins considérés comme ils l’étaient dans le passé. Aussi, existe-il un déficit dans la transmission des valeurs traditionnelles par la famille. Ce qui conduit à la méconnais- sance et à la transgression des principes traditionnels du vivre-ensemble. Cette situa- tion contribue ainsi indirectement à l’accroissement de l’incivisme, du banditisme et du nombre de conflits dans le pays.

Une instrumentalisation de la religion comme moyen de diffusion des idéaux de l’extrémisme violent

La non-maîtrise des textes religieux par leurs adeptes et la méconnaissance de la religion de l’autre ont respectivement comme conséquences la vulnérabilité des populations aux discours haineux et le non-respect de la diversité religieuse ; ce qui contribue à l’exacerbation des conflits dans le pays. Aussi, les prêches n’étant pas suffisamment contrôlés par l’Etat, des messages haineux et radicaux peuvent être diffusés par le canal de la religion.

En dépit de l’existence de ces diverses causes de conflits dans le pays, l’on assiste encore à un minimum de cohésion sociale. Celle-ci tient à l’existence de facteurs endogènes au sein de la société Burkinabè. De l’avis des populations, il est nécessaire de renforcer ces mécanismes endogènes de résilience.

Facteurs de résilience

En dépit de la situation de crise observée, des facteurs endogènes de résilience ont été cités par les populations. Ce sont : la parenté à plaisanterie, l’hospitalité qui caractérise les communautés, l’existence du système matriarcal renforçant les liens familiaux au sein de certaines communautés, les alliances entre différentes communautés et groupes ethniques, l’éducation au savoir-être, les cadres de dialogue interreligieux, le respect de l’autorité de l’Etat encore présent chez certains Burkinabè, l’existence de cadres de dialogue communautaire, l’implication des services techniques de l’Etat et des ONG dans les questions de cohésion sociale.

Ces facteurs de résilience devraient être en mesure d’atténuer les tensions et les conflits dans le pays et de préserver le vivre-ensemble des Burkinabè.

L’analyse participative des conflits faite par les Burkinabè a débouché sur des recommandations à l’endroit de la société de leur pays (Gouvernement, autorités traditionnelles, familles et autorités religieuses) qui, de leur point de vue, permettront au Burkina Faso de retrouver son qualificatif de pays des hommes intègres et de havre de paix. L’ensemble de ces recommandations constitue une feuille de route, un agenda pour réta- blir la paix et le vivre ensemble au pays.