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Deuxième Commission : la pandémie aggrave les inégalités alimentaires dans le monde

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AG/EF/3539

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE, DEUXIÈME COMMISSION
SOIXANTE-QUINZIÈME SESSION, DIALOGUE VIRTUEL - MATIN

La pandémie de COVID-19 a une fois encore pesé sur les débats de la Deuxième Commission (questions économiques et financières), qui avaient aujourd’hui pour objet le développement, la sécurité alimentaire et la nutrition. Les délégations ont réfléchi à comment nourrir la population mondiale de manière équilibrée, en alliant développement agricole et préservation d’une biodiversité menacée, dans un contexte d’inégalités alimentaires grandissantes, de changements climatiques destructeurs et d’une crise sanitaire endommageant les circuits de distribution.

Le débat s’est tenu de manière informelle, par visioconférence, le jour de la célébration de la Journée internationale de l’alimentation et des 75 ans du Programme alimentaire mondial (PAM), que plusieurs délégations, à l’instar du Pérou, du Bangladesh et d’El Salvador, ont félicité pour son prix Nobel de la paix obtenu cette année.

La pandémie aggrave la faim

La crise de la COVID-19 a subitement mis à mal des progrès accomplis depuis des décennies, selon les rapports présentés en début de séance. On s’attend en outre à ce qu’elle exacerbe les tendances inégalitaires en termes d’accès à une nourriture équilibrée, en particulier dans les ménages vulnérables, en l’absence de systèmes de santé et de protection sociale fiables.

Selon les dernières estimations, plus de 100 millions de personnes pourraient basculer dans l’extrême pauvreté cette année, inversant une tendance qui était positive depuis plus de 20 ans. Le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire aiguë devrait doubler, pour atteindre 265 millions de personnes, a sombrement rappelé M. Trepelkov, Directeur du Bureau du financement du développement au Département des affaires économiques et sociales (DESA): sans intervention, le nombre de personnes souffrant de la faim surpasserait 840 millions d’ici à 2030.

Les exemples de ce qui est entrepris au niveau national pour faire face à ce défi n’ont pas manqué. Le Pérou a ainsi indiqué avoir développé un plan de relance s’élevant à 17% de son PIB pour garantir la sécurité alimentaire dans le pays. Le Bangladesh et l’Inde ont, eux, mis en exergue leurs programmes de distribution de nourriture pour les plus vulnérables. La Fédération de Russie a reconnu pour sa part avoir eu recours à des « mesures drastiques » de stabilisation de son marché intérieur et à des « aides massives » au secteur agricole pour éviter les dépôts de bilan en cascade.

Il est aussi apparu que les États Membres ciblent leur aide en direction des personnes les plus vulnérables: les femmes, les pauvres, les enfants, les peuples autochtones pour le Groupe des 77 et de la Chine (G77) et El Salvador, la population carcérale pour le Pérou, où la Banque alimentaire nationale a déjà distribué 1,5 million de tonnes d’aliments durant la pandémie.

Coopération Sud-Sud, coopération Nord-Sud et triangulaire

Comme les pays sont toujours plus forts lorsqu’ils luttent de façon coordonnée contre les problèmes communs, les pays en développement sans littoral ont appelé à renforcer les partenariats mondiaux et régionaux, tout comme la Chine, qui a dit avoir réduit les obstacles aux investissements étrangers sur son territoire et investi 17,3 milliards de dollars à l’étranger l’an dernier dans le secteur du développement agricole, avec plus de 500 projets de systèmes alimentaires. La Chine a en outre créé un fonds de coopération spécial Chine-FAO de 50 millions de dollars.

Le Bangladesh a loué la Banque technologique pour les PMA, ainsi que la coopération Sud-Sud et triangulaire, également qualifiées d’« élan important » par le Bhoutan pour le bien de son développement agricole.

L’accès sans restriction aux biens alimentaires exige un commerce équitable

Pour que les aliments nutritifs et abordables soient disponibles partout dans le monde, le G77 a réclamé un « système commercial multilatéral universel, ouvert, non discriminatoire et équitable », l’occasion, pour le Groupe des États d’Afrique, de dénoncer les restrictions commerciales qui empêchent le continent d’avoir accès au marché international.

Le Pérou et l’Ukraine ont eux aussi dénoncé « les mesures protectionnistes contre-productives » qui ne font qu’aggraver les problèmes de la faim, un avis partagé par les pays en développement sans littoral. Le Nicaragua n’a pas mâché ses mots à ce propos en déclarant que les mesures unilatérales coercitives s’apparentent, dans la période actuelle, à des « crimes contre l’humanité ».

Face aux changements climatiques, à la désertification et à la perte de la biodiversité, le choix d’une agriculture durable

Tout comme le groupe des pays les moins avancés (PMA), dont 22% des dépenses sont consacrées à l’importation de denrées alimentaires, l’archipel des Maldives est très dépendant des importations, sauf pour la pêche, qu’il pratique « de manière raisonnée ». Or, les changements climatiques ont provoqué une dégradation des écosystèmes côtiers et marins, déséquilibrant l’équilibre économique des communautés locales, se sont inquiétées les Maldives en appelant à l’arrêt des méthodes nocives de pêche.

L’Alliance des petits États insulaires (AOSIS) a fait état d’une dépendance aux importations, de problèmes de surpoids et d’obésité parmi les populations des pays en situation particulière, encore aggravés par la COVID-19, car ces pays dépendent fortement des envois de fonds et du tourisme. Cette dépendance aux importations était déjà un sérieux problème avant la pandémie: les pays des Caraïbes importent 60% de leur nourriture, soit une augmentation de 50% depuis l’an 2000. « Ce n’est pas durable », a relevé l’AOSIS.

Pour la population des pays en développement sans littoral, c’est au contraire le manque d’accès à la mer qui est très pénalisant. Le prix des denrées alimentaires y est trois fois plus instable que dans les pays avec débouché maritime, aggravant leur situation.

Comme le Groupe des États d’Afrique, qui estime que l’agriculture durable a un rôle important à jouer pour le futur de l’Afrique, le Zimbabwe a indiqué mobiliser ses efforts pour arriver à revitaliser son agriculture en la rendant durable et en atténuant les perturbations de production.

De l’avis de l’AOSIS, le système alimentaire actuel ne prend pas assez en compte les objectifs de développement durable (ODD) et ne fournit pas une alimentation équilibrée pour tous. L’Association a appelé à des pratiques agricoles plus durables, à « chercher de meilleures façons de faire les choses », conformément aux Orientations de Samoa et au Programme 2030, « nos étoiles polaires ». Le Bhoutan a indiqué qu’il s’emploie à améliorer la santé des sols, les cycles nutritifs et la biodiversité ainsi que ses contrôles qualité.

L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est(ASEAN) a dénoncé la détérioration des écosystèmes comme principale cause de la pénurie alimentaire mondiale. Déterminée à tourner les changements climatiques à son avantage, l’Afrique compte accroître la résilience de ses systèmes alimentaires, selon le Groupe des États d’Afrique, malgré les dégâts majeurs dans l’est du continent causés par la sécheresse et une récente invasion de criquets pèlerins, a relevé l’Érythrée. Pour atténuer les effets des changements climatiques, l’Éthiopie a suggéré que le Gouvernement promeuve des politiques visant à protéger les sols, renforcer la résilience pour prévenir et gérer les catastrophes naturelles.

En Libye, c’est une guerre et un « blocus inhumain » qui bloquent l’approvisionnement en eau et en électricité depuis deux ans dans la capitale Tripoli: « les terres agricoles ne sont pas épargnées et nos ressources pétrolières sont bloquées », s’est plainte la délégation libyenne.

Le développement agricole, crucial pour le PIB de nombreux pays

Certains pays comme le Brésil ont expliqué que le développement agricole et l’augmentation de la productivité sont les seuls moyens d’éliminer la faim. Leur importance demeure sans conteste primordiale pour de nombreux pays. C’est le cas de la Fédération de Russie, du Malawi, dont plus de 70% de la population tire ses revenus de l’agriculture, du Kazakhstan, qui veut augmenter sa productivité et ses exportations, à l’instar du Groupe des États d’Afrique.

Les écarts de développement agricole entre pays sont toutefois significatifs. Si le Kenya et le Zimbabwe, par exemple, ont des programmes de mécanisation de l’agriculture, cela n’est pas le cas de tous les pays en développement. L’Inde, qui a multiplié par cinq sa production agricole en 60 ans grâce à sa « révolution verte », entend multiplier par deux ses revenus agricoles d’ici à 2022, tout en éliminant la malnutrition d’ici là, grâce à un programme de distribution publique de nourriture, en vertu d’une nouvelle loi indienne sur la sécurité alimentaire touchant 813 millions de personnes. La contribution du secteur agricole au PIB du Bangladesh, quatrième producteur mondial de riz, est de 15%; aucun autre secteur ne contribue autant au PIB.

Malgré tous les efforts en cours, l’Afrique continuera à souffrir de malnutrition en 2030 et au-delà, a déploré le Groupe des États d’Afrique, même si la Déclaration de Malabo sur la croissance agricole et la prospérité partagée reconnaît le potentiel agricole gigantesque du continent, dû à sa grande superficie en terre arables, en eau douce, aux nombreux modes de transport destinés au marché intérieur, et à la forte part de jeunes dans la population. Il s’agit d’« une occasion à saisir », selon le Groupe. C’est dans cet esprit que le Gouvernement du Malawi a lancé un programme de gestion intégrée pour développer un secteur agriculture robuste, créer une ligne de crédit avec des taux d’intérêts subventionnés, réduisant ainsi le chômage et garantissant des revenus pour famille.

Le Nigéria a opté pour des partenariats dans la recherche agricole, « l’accès à de meilleures semences » et « à des pratiques agricoles uniformes ». Des semences résistantes aux maladies ont été distribuées aux agriculteurs pour qu’ils réalisent un meilleur rendement agricole et le nombre des bénéficiaires du programme de financement agricole à taux zéro pour encourager l’entreprenariat rural a augmenté.

Cap sur le Sommet sur les systèmes alimentaires de 2021

Avec le Chili, de nombreuses délégations se sont dites impatientes de participer au prochain Sommet sur les systèmes alimentaires de 2021, prochaine grande échéance internationale sur le sujet de la sécurité alimentaire, qualifiée de « plateforme importante » par le Kazakhstan et la Chine. Cette dernière s’est félicitée de l’organisation dudit sommet, en espérant que les pays en développement soient davantage représentés et impliqués dans les processus de décision. La Fédération de Russie a exprimé son intention d’y discuter de la numérisation du secteur agroalimentaire, un thème qui lui est cher, et a appelé à développer un cadre le plus consensuel possible. Quant à El Salvador, il a souhaité que le Sommet donne la priorité aux personnes vulnérables.

En attendant, certains pays tentent d’éduquer et de sensibiliser leurs populations aux problématiques relatives au gaspillage alimentaire, comme l’ASEAN ou le Bangladesh. Le Saint-Siège en a relevé l’absurdité, déplorant « des tonnes de nourriture jetées tous les jours » alors que des millions de personnes, y compris parmi les populations rurales, souffrent de la faim.

Présentation de rapports

En début de séance, ce matin, les délégations de la Deuxième Commission ont entendu la présentation de rapports.

L’élimination de la pauvreté et de la faim était une priorité centrale du Programme de développement durable à l’horizon 2030 mais la pandémie de COVID-19 menace de réduire à néant des décennies de progrès, a rappelé M. ALEXANDER TREPELKOV, Directeur du Bureau du financement du développement au Département des affaires économiques et sociales (DESA), en introduisant le rapport « Développement agricole, sécurité alimentaire et nutrition » (A/75/272).

Selon les dernières estimations, plus de 100 millions de personnes pourraient basculer dans l’extrême pauvreté cette année, inversant une tendance positive en cours depuis plus de 20 ans. Le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire aiguë devrait doubler, atteignant 265 millions de personnes, a sombrement rappelé M. Trepelkov: sans intervenir, le nombre de personnes souffrant de la faim surpasserait 840 millions d’ici à 2030.

La pandémie de COVID-19 devrait encore exacerber ces tendances, en particulier dans les ménages vulnérables, en l’absence de systèmes de santé et de protection sociale. En raison de la COVID-19, le taux de pauvreté devrait atteindre 8,8% en 2020 et 71 millions de personnes supplémentaires tomberont dans l’extrême pauvreté du fait de la COVID-19. Les groupes pauvres et marginalisés seront parmi ceux qui souffriront le plus des chocs économiques connexes. Du fait des inégalités de genre, y compris l’accès réduit des femmes à la terre, à l’éducation, aux compétences et au secteur structuré de l’économie, de nombreuses femmes n’ont pas les moyens d’échapper à la pauvreté.

L’orateur a également évoqué les changements climatiques et la perte de biodiversité pesant sur l’humanité, et jugé nécessaire de « mieux gérer les liens entre la santé humaine et les systèmes alimentaires », étant donné la prévalence croissante des maladies zoonotiques, telles que la COVID-19, et la plus grande résistance aux médicaments antimicrobiens.

« Le rapport prend acte de ces tendances », a assuré M. Trepelkov: il reconnaît l’urgence de veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte, la nature intégrée des objectifs de développement durable (ODD), la nécessité d’une action coordonnée et le rôle vital que les systèmes alimentaires jouent dans le maintien du bien-être humain et de l’environnement naturel. « La manière de gérer nos systèmes alimentaires a des répercussions profondes sur la nature », a-t-il poursuivi, en évoquant des défis « immenses, mais pas insurmontables ».

Point optimiste, relevé dans le rapport par M. Trepelkov: les systèmes alimentaires ont « un potentiel énorme » pour renforcer des avantages sociaux, environnementaux et économiques de toutes sortes. Le rapport indique comment exploiter ce potentiel dans plusieurs domaines. Diversifier la production en soutenant les agriculteurs; concevoir les systèmes agricoles de manière à protéger et faire progresser le bien-être humain; reconnaître et protéger le rôle vital joué par les écosystèmes sains et la biodiversité; partager équitablement des revenus tirés de la production de nourriture; renforcer les liens entre petits centres urbains et zones rurales environnantes, en privilégiant les circuits courts.

La COVID-19 a exposé des faiblesses significatives dans les systèmes alimentaires et exacerbé les inégalités alimentaires; la communauté internationale devrait agir franchement pour transformer les systèmes alimentaires afin qu’ils respectent les ODD, a conclu M. Trepelkov.

M. JAMIE MORRISON, Directeur de la sécurité alimentaire et la sécurité sanitaire des aliments de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a informé la Deuxième Commission de l’organisation, en 2021, du Sommet sur les systèmes alimentaires, convoqué par le Secrétaire général. Le Sommet, a expliqué M. Morrison, vise à aider les parties prenantes à mieux apprécier les enjeux complexes qui ont une incidence sur l’avenir des systèmes alimentaires, à faire des choix avisés à cet égard et à accélérer la réalisation des objectifs de développement durable (ODD). Ce sera l’occasion de partager les connaissances et les expériences, d’identifier les domaines d’investissement et d’innovation et d’offrir des solutions intégrées dans les systèmes alimentaires. Le Sommet offrira des possibilités de dialogue ainsi qu’une occasion de trouver des solutions viables.

La Deuxième Commission était également saisie du rapport intitulé « Principales décisions et recommandations de politique générale formulées par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale et résultats obtenus »(A/75/77-E/2020/49).Le Comité y exprime sa très vive préoccupation devant l’accroissement du nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire dans le monde et face à l’évolution de la faim et de la malnutrition. Les estimations portent la prévalence totale de l’insécurité alimentaire à 26,4% de la population mondiale, soit environ deux milliards de personnes. La situation est particulièrement alarmante en Afrique.

Le rapport sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde montre clairement qu’il sera très compliqué d’éliminer la faim et toutes les formes de malnutrition d’ici à 2030. Toutefois, si l’engagement politique est renouvelé, si des mesures audacieuses sont prises et si les bons investissements sont faits, il est encore possible de parvenir à la faim zéro.

Au vu de l’immensité du défi à relever pour atteindre la faim zéro d’ici à 2030, le Comité a approuvé le Programme de travail pluriannuel du CSA pour 2020-2023. Il s’agit d’un programme de travail stratégique, qui comporte des axes de travail thématiques sur les systèmes alimentaires et la nutrition; les approches agroécologiques et autres approches novatrices; l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes dans le contexte de la sécurité alimentaire et de la nutrition; la promotion de la participation et de l’emploi des jeunes dans l’agriculture et les systèmes alimentaires; la collecte de données et les outils d’analyse; la réduction des inégalités pour une amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition.

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