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Plus de 2,2 millions de personnes ont besoin d'assistance humanitaire au Burkina Faso

Countries
Burkina Faso
Sources
OCHA
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Partie 1
Impact de la crise et conséquences humanitaires

1.1 Contexte de la crise

Depuis 2015, le Burkina Faso est confronté à la présence des groupes armés avec des incidents sécuritaires répétitifs. Depuis février 2017, les premiers déplacés internes du fait de l’insécurité ont été enregistrés, d’abord dans les provinces du Soum et du Loroum. Toutes les régions sont désormais affectées par les déplacements. 5 régions sont particulièrement plus affectées et sont l’objet de la présente analyse des besoins. En plus de cette situation, le pays connait toujours des pics d’insécurité alimentaire et nutritionnelle, principalement dans les cinq (05) régions affectées par l’insécurité. Toutes ces situations ont un fort impact, sur le contexte politique qui sera marqué par des élections présidentielle et législative en 2020. Le contexte économique reste difficile et l’environnement de chômage plus caractérisé chez les jeunes malgré tous les efforts déployés par le gouvernement et ses partenaires.

Politique

Après une longue période de stabilité politique et de croissance économique, le pays a connu une transition politique mouvementée1 en 2014 et 2015, et fait face de nos jours à des défis sécuritaires. Le pays a fait d’énormes progrès en matière de gouvernance, et figurait en 2016 parmi les dix pays africains en tête du classement de Transparency International sur la perception de la corruption.

À l’instar des autres pays de la sous-région, le Burkina Faso connaît un contexte sécuritaire de plus en plus difficile. Longtemps préservé de l’insécurité qui prévaut dans la sous-région, le pays est entré dans un cycle d’attaques armées et complexes de plus en plus fréquentes depuis 2016. En décembre 2018, l’état d’urgence a été décrété dans plusieurs provinces tandis qu’en janvier 2019 les ministres de la défense et de la sécurité ont été remplacés à la suite d’un remaniement ministériel. Depuis février 2019, le Président du Faso, assure la présidence tournante du G5 Sahel.

2020 est au Burkina Faso une année électorale qui présente de très grands enjeux en matière de sauvegarde de la paix et de la stabilité. En effet, la reconfiguration de l’environnement politique national, la création de nouvelles formations politiques, la reprise des activités de tous les partis politiques ont conduit à une crispation du contexte politique obligeant le Président du Faso à engager un dialogue politique au mois de juillet 2019. Ce dialogue a porté sur plusieurs questions d’intérêt national avec en bonne place la question des élections de 2020-2021 et notamment le vote des Burkinabè de l’extérieur et des personnes déplacées internes.

La fragilisation du tissu social qui avait conduit à la création du Haut Conseil pour la Réconciliation et l’Unité Nationale, est toujours en l’état et est complexifié par une insécurité croissante, ajouté aux risques de tensions intercommunautaires.

Economique

Le Burkina Faso est l'un des pays les plus pauvres du monde, classé 183e sur 188 pays selon l'indice de développement humain des Nations Unies (2016). Près de 40 % des 20 millions de Burkinabè vivent en dessous du seuil de pauvreté (moins de 2 dollars par jour) selon la banque mondiale. Le taux de chômage est élevé, surtout chez les jeunes.
Selon l’Analyse Economique des Ménage (HEA) réalisée fin 2017 dans la zone de centre Nord, la population est composée de 29% de ménage très pauvres, 59% de ménages pauvres, 10% de ménages dits « moyens » et 2% de ménage nantis. En 2019, les allocations budgétaires en faveur de la défense nationale et de la sécurité ont connu une augmentation conséquente passant à 209,73 milliards de F CFA. Comparativement aux allocations de 2018 pour la défense et pour la sécurité, sont quant à elles passées de 57,54 milliards de F CFA en 2016 à 72,01 milliards en 2018, soit un taux de croissance annuel de 12,28% et en 2019 l’allocation a atteint 95,70 milliards de F CFA. Ces différentes augmentations appelées « efforts de guerre » se font aux détriments du budget national alloué aux dépenses sociales. Tous les ministères à l’exception de ceux de la Sécurité et de la Défense ont connu des réductions énormes. Du fait du contexte d’insécurité ambiante, le secteur du tourisme récepteur a connu une baisse de 5,6% en 2017 même si le tourisme intérieur a pris de la proportion.

Les deux principaux moyens de subsistance des populations de la région, l’agriculture et l’élevage, sont vulnérables au changement climatique, aux catastrophes récurrentes et à la dégradation des ressources naturelles. Les rivalités entre agriculteurs et éleveurs en matière d’accès aux terres, à l’eau et aux pâturages sont bien souvent source de conflits intercommunautaires. Avec la crise sécuritaire et la grande circulation des armes dans les zones de transhumance, ces rivalités sont de plus en plus violentes avec comme conséquences une réduction des espaces de pâturages, des chemins de transhumance et des espaces cultivables.

Les marchés agricoles sont globalement bien approvisionnés en céréales. Les prix de toutes les céréales ont connu des baisses comparativement à 2018 et à la moyenne quinquennale dans toutes les régions. Dans les zones dites inaccessibles, le fonctionnement des marchés est au ralenti, voire à l’arrêt, notamment dans la majorité des communes des provinces du Soum, de l’Oudalan et du Sanmatenga. Les marchés à bétail subissent les impacts de la situation sécuritaire, notamment dans les régions du Sahel, de l’Est, du Nord et du CentreNord. Dans les autres régions, l’offre des animaux a connu une hausse au cours du mois d’aout comparativement au mois précédent. La demande a été faible du fait de la rareté des acheteurs étrangers. Les prix sont en légère hausse pour toutes les espèces, comparativement à la moyenne quinquennale, excepté le prix du bélier sur les marchés des régions du Centre-Est, du Sud-Ouest et du Centre-Nord.

Démographique

En 2020, la population du Burkina Faso sera estimée à 21 968 200 selon les projections de l’INSD. Cette population extrêmement jeune augmente de 3,1% par an. Bien que le nombre moyen d’enfants par femme tendît à baisser en 2006 (Date du dernier RGPH), le chiffre de 6,1 enfants par femme reste l’un des plus élevés parmi les pays du Sahel et même dans le monde. Plus de 60 % de la population burkinabè a moins de 25 ans. En effet, selon les données de l’EMC 2014, 42,3% des personnes actives ont moins de 30 ans. Cette population reste une main d’œuvre très peu instruite avec 75,3% des actifs sans niveau d’éducation. Le manque d’instruction des actifs est plus préoccupant en milieu rural (86,6%) qu’en milieu urbain (43,2%).

Le chômage demeure un phénomène plus urbain (7,1%) que rural (6,4%).
L’analyse du taux de chômage selon l’âge révèle que le chômage frappe les plus jeunes (8,6% des jeunes de 15-24 ans) et diminue avec l’âge. Le taux de chômage des personnes de 15-24 ans est 3 fois plus élevé chez les jeunes filles que chez les jeunes garçons.9 Selon les données du RGPH 2006, 1,2% de la population vit avec un handicap. Cette proportion reste plus élevée chez les populations vivant en milieu rural (1,3%) et sur le plan national, 1,1% de femmes vivent avec un handicap.

Socioculturels

Le Burkina Faso est un pays qui compte plus d’une soixantaine de langues parlées, cependant trois (03) langues ont le statut de langues nationales : le mooré, le dioula et le foulfoudé. Le mooré reste la langue la plus parlée avec au moins 53 % de la population. Il est suivi par le dioula (8,8 %) qui est un dérivé du bambara et le fulfudé ou foulfoudé (6,6 %). Concernant les pratiques religieuses, il faut noter qu’il se pratique plusieurs religions au Burkina Faso. Lors du dernier recensement général de la population et de l'habitation au Burkina Faso en 2006, les musulmans représentaient 60,5 % de la population, contre 23,2 % pour les chrétiens (dont 19 % de catholiques et 4,2 % de protestants), 15,3 % pour les animistes, 0,6 % pour les autres religions et 0,4 % pour les « sans religion ».

Contrairement à l’enseignement qui a bénéficié d’efforts substantiels pour son expansion, l’alphabétisation a bénéficié de très peu de ressources et enregistre l’un des taux les plus bas en Afrique subsaharienne et même dans le monde. L’alphabétisation au Burkina Faso est essentiellement masculine et ne touche que 34,5% de la population totale,10 nettement en dessous du taux enregistré en Afrique subsaharienne (59%). La pratique très répandue est l’enseignement des langues nationales (mooré, dioula et fulfulde). En 2015, le taux d’alphabétisation des hommes (44%) était nettement plus élevé que celui des femmes (26%) soit un écart de 18 points.

Cadres juridiques et politiques existants

Le Burkina Faso a ratifié plusieurs conventions relatives à la promotion et à la protection des droits humains. Le gouvernement a adopté en mai 2018 184 recommandations sur un total de 212 recommandations reçues dans le cadre de l’Examen Périodique Universel (EPU). Le suivi de la mise en œuvre de ces recommandations est inscrit parmi les indicateurs de suivi du PNDES 2016-2020. Le Burkina Faso est un des pays membre du Conseil de Droits Humains pour la période 2019-2021. La loi 032-2003/AN relative à la sécurité intérieure est celle qui constitue un des fondements du dispositif de la sécurité au Burkina Faso. Elle définit le champ de la sécurité intérieure et en fixe les principes généraux. Cependant, l’arsenal juridique dans ce contexte de défis sécurité a connu une forte mutation. La loi n° 060-2009/AN du 17 décembre 2009 portant répression d’actes de terrorisme au Burkina Faso a été modifiée en 2015 (n°084-2015/CNT du 17 décembre 2015) et encadre la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso. En plus de cette loi, plusieurs autres lois portant sur la lutte antiterroriste ont été adoptées. Cette loi a pour impact la réduction des capacités pour accéder aux populations dans le besoin car la loi dispose une interdiction formelle à tous nationaux d’avoir des contacts formels ou informels avec des membres des groupes armés. Le Burkina Faso face aux attaques répétées des groupes armés a adopté une loi de programmation militaire (Loi N°055-2017/AN portant loi de programmation militaire quinquennale 2018-2022). Cette loi vise à accroitre les capacités opérationnelles de l’armée burkinabè et au mois de juin 2019, le Chef de l’Etat a lancé les travaux pour l’élaboration de la politique nationale de sécurité. La loi 044-2019/AN adoptée le 1er août 2019 pour amender le Code Pénal et qui criminalise l’utilisation de certaines informations publiques qui pourront être considérées comme des motifs de démoralisation a été combattue par l’opposition et des organisations de la société civile. Le Burkina Faso fait partie des pays africains qui ont signé la Convention de Kampala sur la Protection et l’Assistance des Personnes Déplacées Internes (PDI) en Afrique, connue sous le nom de Convention de Kampala a été adoptée en 2009.

Infrastructure

Si l’année 2018 a connu plusieurs incidents liés aux engins explosifs réduisant la mobilité de plusieurs partenaires, l’année 2019 a été une année particulière en termes d’attaques visant les infrastructures notamment les ponts. Selon les informations collectées par OCHA, au moins 5 ponts dans la région Sahel, principalement dans la province du Soum ont été la cible d’attaques qui les ont partiellement, ou totalement endommagés.

Plusieurs autres ponts dans les régions du Sahel, du Nord, du Centre Nord et de l’Est ont été endommagés par les eaux de pluies, sans être réparés. Cela réduit les capacités d’accès des acteurs humanitaires aux populations dans le besoin. Plusieurs chantiers engagés par le gouvernement dans les zones impactées par la crise sécuritaire ont été mis à l’arrêt par les entreprises qui manquent de capacités à assurer une sécurité de leurs opérations de construction.

Environnement

Le Burkina Faso est de plus en plus exposé aux effets des changements climatiques mondiaux. A ce jour, le pays occupe la 22e place sur 234 pays,11 dans le classement selon l’Indice de vulnérabilité environnementale. Cependant, d’après l’étude menée en 2007 sur les effets à long terme du changement climatique sur le pays, les précipitations devraient diminuer de près de 3,4 % d’ici 2025 et de 7,3 % d’ici 2050. La variabilité météorologique devrait également s’accroître avec le temps. L’écosystème du Burkina Faso est fortement sensible aux catastrophes naturelles, comme le rappelle le Global Climate Risk Index 2017.

Au cours de la campagne agricole 2017/2018, les problèmes phytosanitaires ont été marqués surtout par l’invasion sans précédente de la chenille légionnaire d’automne (Spodoptera frugiperda) dans toutes les 13 régions du pays avec plus de 58 324 hectares de cultures affectées. Les régions des Cascades, du Sud-Ouest et du Centre-Ouest ont été les plus durement touchées avec respectivement 14 845, 14 096 et 8 388 hectares endommagés.12 Le début de la campagne agricole 2018-2019 a été également marquée par des infestations de la chenille légionnaire d’automne. Les premières infestations ont été signalées dans les régions des Cascades, du Sud-Ouest, des Hauts-Bassins, de la Boucle du Mouhoun et du Centre-Ouest.

Sécurité / risques humains

Les attaques perpétrées par les groupes armés13 au Burkina Faso se sont multipliées depuis le début de 2016, et une nouvelle aggravation en la deuxième moitié de l’année 2019. Dans une déclaration au Conseil de sécurité des Nations Unies en octobre 2017, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Alpha Barry, a affirmé que, depuis le début de 2016, le Burkina Faso avait subi 80 attaques menées par des groupes armés, qui avaient fait 133 morts.14 De janvier à octobre 2019, plus de 800 incidents sécuritaires ont été rapportés, qui ont fait plusieurs centaines de morts et de blessés, donc la plupart sont des civils. La détérioration de la situation sécuritaire et l’insuffisante réponse des Forces de Défense et Sécurité (FDS) sur l’ensemble du territoire national ont occasionné l’émergence d’initiatives locales de sécurité, dans certains cas à caractère ethnique. Le cas le plus illustratif est le développement des groupes d’auto-défense communément appelés « Koglwéogo » dans les régions du Centre, du Nord et de l’Est du pays. Au regard de l’insécurité dans les régions du Sahel, du Centre Nord, du Nord et de l’Est, la prolifération de ces initiatives locales de sécurité pourrait se traduire par une augmentation de la violence et la probabilité de violations de droits.

Dans les régions frontalières du Burkina avec le Mali et le Niger, les défaillances de gouvernance et la capacité limitée de l’État à fournir des services sociaux de base, assurer la sécurité et lutter contre la criminalité organisée mettent à mal sa légitimité. Tous ces facteurs contribuent à exacerber un sentiment de marginalisation et d’injustice ressenti par les plus vulnérables et permettent aux groupes extrémistes de gagner du terrain.

Technologique / Capacité-Communications

De 1998 à 2007, la proportion des ménages possédant une radio et celle des ménages possédant une télévision ont connu une croissance continue. Mais l’enquête EICVM de 2009 a révélé une baisse de 26,5 points pour la possession des radios et de 1,6 point pour la possession des télévisions. S’agissant de la radio, cette régression pourrait s’expliquer par l’avancée des TIC. En effet, en 2017, 91,8% de la population ont eu accès à ces technologies.16 Cet indicateur a augmenté d’environ 13,5 points sur la période 2015-2017. Cette croissance résulte des efforts fournis par l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP) dans le contrôle des services offerts par les compagnies de téléphonie. Elle est aussi la résultante des efforts fournis par ces compagnies de téléphonie pour accroitre le taux de couverture, la qualité des services et la réduction du coût de la communication.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs: To learn more about OCHA's activities, please visit https://www.unocha.org/.