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Covid-19 : de la lutte armée à la lutte contre la pandémie

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UN News
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Dans les pays qui souffrent de conflits, la réadaptation à la vie dans une société pacifique est un défi, tant pour les anciens combattants que pour la communauté au sens large. Depuis l'extension de la crise de la Covid-19, les Nations Unies doivent recentrer nombre de leurs programmes, qui visent à réduire la violence dans les communautés et à réhabiliter les combattants.

« Avant, je n'avais pas de métier mais, grâce à cette formation, je deviens un atout précieux pour mon pays », déclare Nassira Zakaria, de Kaga Bandoro, une ville de marché du nord de la République centrafricaine (RCA).

Mme Zakaria, couturière stagiaire dans le cadre d'un programme de réduction de la violence communautaire, géré par la Mission de maintien de la paix des Nations Unies en RCA, la MINUSCA, se dit heureuse de pouvoir se détourner du conflit armé, d'acquérir de nouvelles compétences et, surtout, d'être utile à sa communauté. « En fabriquant des masques faciaux, je peux contribuer à la lutte contre la Covid-19 ».

RCA : prévenir un retour au conflit

Il y a un peu plus d'un an, un accord de paix a été signé par le gouvernement de la RCA et les groupes armés du pays. Depuis lors, les progrès ont été lents et la situation en RCA, l'un des pays les plus pauvres du monde, reste fragile.

Les programmes de réduction de la violence communautaire sont l'un des outils utilisés par les Nations Unies pour prévenir le retour au conflit et soutenir les communautés. Le processus de paix a été entaché par un manque de volonté politique de la part de certains groupes armés, mais la MINUSCA a tout de même réussi à désarmer et à démobiliser plus de 1 300 anciens combattants.

Les projets concernent la formation professionnelle dans des métiers tels que la plomberie, l'électricité et la construction : en RCA, quelque 3 124 personnes ont acquis de nouvelles compétences. Aujourd'hui, ces programmes sont axés sur la prévention de la Covid-19 : les stagiaires cousent des masques pour la population locale, fabriquent du savon, construisent des installations pour le lavage des mains, transforment des bâtiments en salles d'isolement de la Covid-19 et en apprennent davantage sur le virus.

« J'en sais maintenant beaucoup plus sur la Covid-19, grâce à cette formation », déclare Nabayo Rosine, membre d'un programme CVR dans la ville de Bangassou, au sud-est du pays. « Maintenant, je sais comment me protéger et informer mon entourage sur la pandémie. La santé passe avant tout : quelqu'un qui n'est pas en bonne santé ne peut pas être en paix ».

Pour Pierre Ubalijoro, chef des initiatives de désarmement, démobilisation et réintégration de la MINUSCA, les communautés impliquées dans les programmes de CVR voient leur vie s'améliorer : « Je pense que notre présence a vraiment une valeur ajoutée, en raison du bilan de la guerre. Je crois que notre présence a contribué à alléger les souffrances de la population ».

« Les projets sur lesquels nous nous concentrons sont conçus pour être durables et faire une différence à long terme. Par exemple, nous construisons des puits dans des zones où il y a moins d'eau disponible. Le manque d'eau est souvent une source de conflit intercommunautaire, donc ces projets auront un impact positif sur la communauté, bien après la fin de la crise de la Covid-19 ».

Mali : la reconstruction sous le feu

Des efforts similaires visant à améliorer la vie des civils sont en cours dans le cadre de la mission de maintien de la paix des Nations unies au Mali (MINUSMA), où la situation sécuritaire est très difficile, tant pour la population locale que pour les soldats de la paix. L'accord pour la paix et la réconciliation au Mali a vu un millier de soldats nouvellement intégrés déployés à Gao, Tombouctou, Kidal et Ménaka, dans le cadre des premières forces de défense et de sécurité maliennes reconstituées dans le Nord. La violence continue et, en mai, trois casques bleus des Nations unies ont été tués dans le nord du Mali lorsque leur convoi a été touché par une bombe en bord de route.

En raison de la situation sécuritaire, toutes les régions du pays ne sont pas accessibles aux équipes de l'ONU, comme l'a expliqué Tahir Ali - le chef d'une équipe de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) à Gao, dans le nord du Mali.

« Dans le nord, les infrastructures sont très mauvaises, il faut donc une heure et demie pour parcourir 15 kilomètres, et une escorte armée est nécessaire. Il y a aussi le risque d'engins explosifs improvisés, donc vous devez faire face à de nombreux défis. Nous devrons nous rendre sur le site du projet deux ou trois fois pendant la mise en œuvre, puis le revisiter une fois le projet terminé pour voir quel impact il a eu. L'accessibilité doit donc être une priorité absolue ».

Répondre aux besoins de la population

Malgré l'incertitude, les programmes communautaires de réduction de la violence aident les participants à acquérir une formation professionnelle dans les domaines de l'agriculture et du jardinage, de l'électrification et de la sécurité, de la construction et d'autres domaines conçus pour répondre aux besoins fondamentaux de la population.

Sam Howard, l'un des fonctionnaires des Nations Unies chargés de ces programmes, a déclaré à ONU Info que le fait d'offrir des emplois temporaires aux jeunes les aidait à ne pas se retrouver en difficulté : « Ces emplois les tiennent occupés et contribuent à éviter qu'ils ne soient recrutés par des groupes criminels ou armés. Ils contribuent également à nos efforts pour renforcer le dialogue et la réconciliation dans les différentes communautés ».

Certains projets portent littéralement leurs fruits et ont un impact positif. « Dans la région, nous avons réussi à transmettre un projet, géré par des femmes et des jeunes, de création d'un jardin potager », a déclaré M. Ali, qui a expliqué que, pour s'assurer que toutes les parties de la communauté sont impliquées, chaque initiative du programme est gérée par un représentant des femmes locales, et un représentant des jeunes.

« Nous avons fourni de l'eau, une formation et des semences en décembre dernier, et ils ont commencé à cultiver la terre. Quand j'y suis retourné en février, la terre était pleine de légumes. Grâce à ce projet, ils peuvent maintenant subvenir à leurs propres besoins et gagner de l'argent en vendant le surplus ».

M. Ali et M. Howard ont convenu que la pandémie de Covid-19 a causé des problèmes à leurs projets, certains ayant été reportés à l'exercice suivant. D'autres ont été réorientés, comme en RCA, pour impliquer les membres de la communauté dans l'amélioration des mesures d'hygiène (par exemple, la production de masques faciaux). Le personnel des Nations unies distribue également des « kits anti-Covid », qui comprennent du savon, du désinfectant pour les mains et des masques.

Comme dans de nombreuses autres régions où l'ONU est présente, l'effet est également ressenti par le personnel de la MINUSMA. Les vols réguliers de l'ONU à destination et en provenance des bases régionales ont été suspendus, a déclaré M. Ali, et de nombreux membres du personnel travaillent à distance. Malgré ces mesures, des cas positifs de Covid-19 ont été signalés dans les bases.