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L’épidémie de coronavirus est un test pour nos systèmes, nos valeurs et notre humanité

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UNHCR
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Par Michelle Bachelet et Filippo Grandi
12 mars 2020

Un jeune réfugié se lave les mains à Mafraq en Jordanie, où un système de chauffage à énergie solaire installé avec le soutien de la Fondation IKEA et de Practical Action permet de fournir de l’eau chaude. © HCR/Hannah Maule-ffinch

Si jamais nous avions besoin que soit rappelé le fait que nous vivons dans un monde interconnecté, le nouveau coronavirus vient de s’en charger.

Aucun pays ne peut aborder seul ce problème, et aucune frange de nos sociétés ne peut être laissée de côté si nous voulons relever efficacement ce défi mondial.

Le Covid-19 constitue un test non seulement pour nos systèmes de santé et nos mécanismes de réponse aux maladies infectieuses, mais c’est aussi un test de notre capacité à collaborer en tant que communauté de nations face à un défi commun.

C’est un bon moyen pour évaluer la mesure dans laquelle les bénéfices de décennies de progrès social et économique ont profité à ceux qui vivent en marge de nos sociétés, à ceux qui sont les plus éloignés des leviers du pouvoir.

Les semaines et les mois à venir mettront à l’épreuve les dispositifs nationaux de gestion des crises et de protection civile - et mettront certainement en évidence des lacunes en matière d’assainissement, de logement et d’autres facteurs qui influent sur les questions liées à la santé.

« Notre réponse à cette épidémie doit prendre en compte - et en fait, se concentrer sur - ceux que la société néglige ou relègue souvent à l’arrière-plan. »

Notre réponse à cette épidémie doit prendre en compte - et en fait, se concentrer sur - ceux que la société néglige ou relègue souvent à l’arrière-plan. Dans le cas contraire, elle échouera.

La santé de tous est liée à la santé des membres les plus marginalisés de la communauté humaine. Pour prévenir la propagation de ce virus, il faut toucher tout le monde et garantir un accès équitable au traitement.

Cela signifie qu’il faut dépasser les entraves existantes à des soins de santé abordables et accessibles, et lutter contre les inégalités de traitement qui existent depuis longtemps et qui sont souvent fondées sur le revenu, le genre, la géographie, la race et l’origine ethnique, la religion ou le statut social.

Pour assurer l’efficacité de la prévention et du traitement du Covid-19, il sera essentiel de surmonter les pratiques systémiques qui négligent les droits et les besoins des femmes et des jeunes filles ou qui, par exemple, limitent l’accès et la prise en compte de groupes sociaux minoritaires.

Les personnes vivant en institution - les personnes âgées ou les détenus notamment - sont potentiellement plus vulnérables à une éventuelle infection et doivent faire l’objet d’une attention particulière dans le cadre de la planification et de la réponse à la crise.

Les migrants et les réfugiés - quel que soit leur statut officiel - doivent être pris en compte dans les systèmes et les plans nationaux de lutte contre le virus. Nombre de ces femmes, hommes et enfants se trouvent dans des endroits où les services de santé sont surchargés ou inaccessibles.

Ils sont parfois confinés dans des camps, ou vivent dans des bidonvilles en milieu urbain où la surpopulation et le manque d’équipements sanitaires augmentent le risque d’exposition.

« L’existence du coronavirus mettra sans aucun doute à l’épreuve nos principes, nos valeurs et notre humanité commune. »

Un soutien international est urgemment nécessaire pour aider les pays d’accueil à renforcer leurs services tant en faveur des migrants que des communautés locales, et à les intégrer dans les dispositifs nationaux de veille, de prévention et d’intervention. Tout manquement à cette exigence mettra en danger la santé de tous et risque de renforcer l’hostilité et les phénomènes de stigmatisation.

Il est également essentiel que tout renforcement des contrôles aux frontières, toute restriction aux déplacements ou toute entrave à la liberté de circulation n’empêchent pas les personnes qui fuient la guerre ou la persécution d’accéder à la sécurité et à la protection.

Au-delà de ces défis très immédiats, l’existence du coronavirus mettra sans aucun doute à l’épreuve nos principes, nos valeurs et notre humanité commune.

Se propageant rapidement dans le monde entier, avec une incertitude quant au nombre d’infections et un vaccin qui ne sera probablement pas disponible avant plusieurs mois, le virus suscite des craintes et des angoisses profondes tant chez les individus que dans les sociétés.

Certaines personnes sans scrupules chercheront sans doute à en tirer profit, en manipulant des craintes légitimes et en attisant les peurs.

Lorsque la peur et l’incertitude s’installent, les boucs émissaires ne sont jamais bien loin. Il a déjà été fait état de colère et d’hostilité à l’égard de certaines personnes originaires d’Asie de l’Est.

Si rien n’est fait, ce besoin de stigmatiser et d’exclure pourrait bientôt s’étendre à d’autres groupes - les minorités, les marginaux, ou toute personne étiquetée « étrangère ».

Les populations en déplacement, y compris les réfugiés, pourraient être particulièrement visées. Pourtant, le coronavirus lui-même ne fait pas de distinction ; les personnes infectées à ce jour sont des vacanciers, des hommes d’affaires et même des ministres, et ils se trouvent dans des dizaines de pays, sur tous les continents.

La panique et la discrimination n’ont jamais résolu une crise. Les dirigeants politiques doivent prendre les devants, en gagnant la confiance de la population grâce à la transparence et à la rapidité de l’information fournie, en travaillant ensemble pour le bien commun et en donnant à tous les moyens de contribuer à la lutte contre le virus.

Céder la place à la rumeur, à la peur et à l’hystérie ne fera pas seulement obstacle à la résolution de la crise, mais pourrait avoir des implications plus larges pour les droits de l’homme et le fonctionnement des institutions démocratiques.

Aujourd’hui, aucun pays ne peut se protéger de l’impact du coronavirus - à la fois au sens littéral du terme mais aussi, comme le montrent la chute des marchés boursiers et la fermeture des écoles, sur le plan économique et social.

Il est crucial, pour préserver la santé de milliards de personnes, de mettre en place une réponse internationale qui garantisse que les pays en développement soient équipés pour diagnostiquer, traiter et prévenir cette maladie.

L’Organisation mondiale de la santé contribue aux efforts par son expertise, sa capacité de veille, les systèmes qu’elle met en place, son travail de traçage des personnes et de l’évolution du virus, ainsi que la recherche et le développement de vaccins. Ceci témoigne du fait que la solidarité internationale et les mécanismes multilatéraux sont plus indispensables que jamais.

À plus long terme, nous devrons poursuivre le lent travail de mise en place de soins de santé publics équitables et accessibles. La manière dont nous répondons à la crise que nous traversons aujourd’hui sera sans aucun doute déterminante pour les décennies à venir.

Si notre réponse au coronavirus est fondée sur les principes de confiance, de transparence, de respect et d’empathie pour les plus vulnérables, nous ne ferons pas que défendre les droits inhérents à chaque être humain, mais nous nous doterons des meilleurs moyens concrets pour surmonter cette crise et celles à venir.

Michelle Bachelet est la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme. Filippo Grandi est le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Cet article a été initialement publié par Le Télégraphe (en anglais).