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République centrafricaine Plan de Réponse Humanitaire 2020 (décembre 2019)

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OCHA
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Contexte de la crise

La population centrafricaine souffre d’une crise humanitaire complexe depuis l’avènement du conflit armé en 2013. Les déplacements et les violences survenant dans un co ntexte national déjà fragile ont entrainé des conséquences humanitaires graves sur la protection des civils, leurs conditions de vie ainsi que leur survie physique et mentale. La description de la crise ci-dessous synthétise l’analyse de la communauté humanitaire sur le contexte, les facteurs sous-jacents, les dynamiques et les conséquences humanitaires de la crise, telle que développée dans l’Aperçu des besoins humanitaire (HNO) 2020.

La protection, un besoin primaire non satisfait pour 2 millions de Centrafricains

La crise est plus que jamais une crise de protection tant l’intégrité physique, la dignité et les droits humains des centrafricains sont éprouvés au quotidien. Malgré les espoirs soulevés par la signature de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation (APPR) en février 2019 et la diminution conséquente des affrontements directs entre groupes armés, les violences ont perduré tout au long de l’année 2019, entrainant pertes humaines, souffrances et déplacements. Des assassinats, des enlèvements, des arrestations, des détentions arbitraires, des traitements cruels, inhumains et dégradants, des extorsions, des pillages, des destructions ou appropriations de biens sont enregistrés tous les jours. Au-delà de la violence quotidienne dans certaines sous-préfectures, des incidents d’une extrême violence ont entrainé la mort de dizaines de personnes et le déplacement de milliers de civils (Bakouma en janvier, Paoua et Bocaranga en mai, Mingala en août et Birao en septembre). On comprend dès lors que 41% des ménages du pays craignent pour la sécurité des adultes, 42% d’entre eux pour celles de leurs enfants.

Dans ce contexte, la démographie de la population centrafricaine reste profondément marquée par le conflit et les déplacements forcés qu’il engendre. Au 30 septembre 2019, 600 000 personnes sont déplacées à travers le territoire national, dont près de 222 000 dans des sites. En parallèle, 605 000 centrafricains et centrafricaines ont traversé la frontière pour se réfugier dans les pays voisins du Cameroun, du Congo Démocratique, de la République du Congo et du Tchad. Cette mosaïque humaine s’est complexifiée en 2019 lorsque la dynamique de retour des personnes déplacées s’est accélérée. En effet, une alerte sur trois du mécanisme de réponse rapide (RRM) était liée au retour entre janvier et septembre 2019. On estime ainsi que 355 000 personnes seraient retournées dans leurs localités d’origine, dont 295 000 en besoin de protection. Ces personnes sont très vulnérables car elles retournent dans des zones où les violences perdurent, où les opportunités de subsistance manquent et où les infrastructures de base sont détruites ou insuffisantes pour subvenir à leurs besoins et ceux des communautés hôtes.

Les filles et les femmes déplacées internes sont particulièrement vulnérables aux risques et menaces de protection, notamment de violences basées sur le genre, en particulier celles vivant dans les sites ainsi que les femmes âgées et handicapées. Entre janvier et septembre 2019 seulement, plus de 8 800 cas de VBG ont été enregistrés par le système GBVIMS, dont 93% sur des femmes. Un nombre effroyablement élevé considérant la couverture géographique parcellaire (41%) du système et le sous-rapportage des incidents par les victimes en raison de facteurs structurels tels que la stigmatisation ou de l’impunité judiciaire. L’analyse contextuelle du HNO a de fait démontré que la moitié de la population n’a pas confiance en la justice formelle.

Les risques de protection pesant sur des filles et des garçons centrafricains sont un autre problème critique relevé dans le HNO. Les enfants sont les victimes directes du conflit à cause des risques de séparation familiale, des risques de recrutement par les groupes et forces armés, du trafic d’enfants et des travaux forcés, de la déscolarisation mais également des violences sexuelles et des mariages forcés pour les petites filles. Les enfants sont particulièrement vulnérables dans les zones où les violences sont venues s’ajouter à des problèmes de long-terme tels que la faiblesse des systèmes étatiques de protection de l’enfant, les faibles taux d’enregistrement des naissances et les pesanteurs culturelles discriminantes à l’égard des filles.

Plus de la moitié de la population dans le besoin d’assistance humanitaire, dont 1,7 million de personnes dans une situation critique

Les violences n’ont pas uniquement un impact sur la protection des personnes. Ce sont également des facteurs aggravant des problèmes critiques liés aux conditions de vie et au bien-être physique et mental des populations. Tout d’abord l’insécurité limite la circulation des biens, la fonctionnalité des marchés et leur accès par les populations. Lorsque les populations ont aussi des difficultés à se rendre aux champs pour cultiver et se nourrir, cela impacte considérablement leur sécurité alimentaire. De fait, 75 % de la population centrafricaine dépend du secteur agricole pour couvrir sa consommation alimentaire et assurer ses revenus. Ensuite, l’insécurité diminue drastiquement l’accès aux services de base que sont l’eau, l’éducation et la santé. En plus de la destruction directe des infrastructures lors du conflit et de la fuite du personnel, l’insécurité empêche les enfants de se rendre à l’école ou les personnes malades d’aller se soigner. A titre d’exemple, dans les sous-préfectures de Satema et de Markounda, près d’un quart (24% et 23% respectivement) des accouchements se fait à domicile car l’accès à la maternité est dangereux. L’accès restreint aux soins de santé pour les femmes explique en partie pourquoi la mortalité maternelle demeure l’une des plus élevées au monde en RCA, avec 980 décès maternels sur 100 000 naissances vivantes. Enfin, l’insécurité freine le redéploiement des fonctionnaires et des services publiques dans les zones où les populations en auraient le plus besoin. Si 3 400 fonctionnaires étaient présents fin 2018 sur les 6 500 au niveau national, ils n’étaient que 29 dans la Vakaga ou 40 dans la Basse-Kotto. Dans ces deux préfectures, plus de 90% de la population est dans le besoin d’assistance humanitaire.

Enjeu préexistant au conflit, le manque structurel d’accès aux services de base est l’un des facteurs déterminant des besoins humanitaires et il explique la dépendance des populations aux services d’urgence fournis par les humanitaires dans de nombreuses zones du pays. Les services essentiels que sont l’accès à la nourriture, à l’eau et à la santé sont d’ailleurs considérés comme les trois besoins prioritaires par les communautés affectées. Cette perception des populations corrobore l’analyse entreprise dans le HNO. L’un des problèmes critiques identifiés est effectivement le cercle vicieux que crée le manque d’accès à la nourriture et à l’eau pour la santé physique des populations dans un contexte où l’accès au soin est fort limité.

Considérant l’impact du conflit sur l’accès à l’eau, de nombreuses infrastructures ont été abandonnées en raison de l’insécurité ou de l’indisponibilité de pièce de rechange, sans compter la contamination de certains points d’eau par des corps humains. Cette situation crée des risques considérables de transmission de maladies hydriques et joue négativement sur la santé nutritionnelle des filles et des garçons. L’analyse du HNO indique d’ailleurs que 601 000 filles et garçons seront à risque de maladies hydriques en 2020. Elle indique aussi que les personnes déplacées internes sont particulièrement vulnérables considérant l’insalubrité et la proximité observées dans les lieux de déplacement.

La santé et les infrastructures sanitaires ont aussi été des victimes collatérales du conflit. Les secondes sont les cibles des attaques des groupes armés quand elles ne sont pas abandonnées à cause de la fuite des populations et du personnel médical. Les données sont parlantes : 19 attaques contre le système de santé et son personnel ont été enregistrées entre janvier et août 2019 et 237 structures de santé (39%) ont été partiellement ou totalement détruites lors du conflit. Cette faiblesse de l’offre de santé ne permet pas de répondre aux besoins causés par l’augmentation du nombre de blessés, d’handicapés moteurs, de personnes victimes de troubles mentaux ou de viols, de l’incidence de maladies transmissibles, et des risques épidémiques. Or les épidémies mortelles telles que la poliomyélite, la rougeole et la variole du singe observées en 2019, sans compter le risque de maladie à virus Ebola, ont démontré les risques afférents aux faiblesses du système de soin, de prévention sanitaire et de surveillance épidémiologique.

Cette faible couverture sanitaire est d’autant plus critique qu’elle diminue la capacité de dépister et de soigner les milliers de filles et de garçons atteints de malnutrition dans le pays. En effet, la malnutrition aiguë continue d’être un problème majeur de santé publique et l’une des premières causes de morbidité et de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. En 2020, environ 178 000 enfants seront dans le besoin de traitement de la malnutrition aiguë globale dont 49 000 enfants de 6 à 59 mois souffrant de malnutrition aiguë sévère (MAS) risquant de mourir sans traitement immédiat.

L’analyse du HNO a démontré que l’une des causes principales de la malnutrition, en plus du faible accès à l’eau, est l’insécurité alimentaire. L’étude croisée de l’impact de la réponse et des évaluations SMART rapides confirme d’ailleurs que des interventions en distributions alimentaires, surtout corrélées à une réponse en EHA, diminuent la prévalence de la malnutrition. A ce jour, l’insécurité alimentaire reste pourtant une problématique humanitaire majeure en RCA avec 1,6 million de personnes en situation de crise alimentaire selon l’analyse IPC de septembre 2019. En l’absence d’assistance alimentaire, ce sont 2,1 millions de personnes qui se trouveront dans une situation d’urgence dès le début de la période de soudure en 2020. Les personnes les plus vulnérables vivent dans les zones à forte concentration de personnes déplacées que sont Bria,
Kaga-Bandoro, Obo, Rafai et Zemio, classifiées en phase d’urgence. Ces sous-préfectures concentrent l’ensemble des facteurs aggravant identifiés dans le HNO comme sources d’insécurité alimentaire : une insécurité limitant l’accès aux terres cultivables et aux marchés, un enclavement géographique, un difficile accès aux moyens de subsistance et aux opportunités d’emploi et aussi le manque de moyen des populations.

Dans le pays qui est classé avant-dernier mondial en termes d’indice de développement humain, l’extrême -pauvreté et le sous-développement aggravent et renforcent la plupart des conséquences humanitaires. Cela explique également que, en dépit de l’assistance humanitaire fournie (plus d’1,1 million de personnes atteintes entre janvier et août 2019), les vulnérabilités des personnes demeurent car leurs racines structurelles ne sont pas adressées par l’aide d’urgence, dont ce n’est pas la vocation. La pauvreté des populations peut les amener à réduire leurs repas ou à s’adonner à des activités illégales ou risquées telles que la prostitution ou l’association avec les groupes armés pourvoyeurs d’emploi. Elle contribue aussi à ce que les ménages privilégient leurs besoins alimentaires quotidiens plutôt que des frais de santé pourtant tout aussi essentiels à leur survie. Elle est enfin un facteur de déscolarisation pour les enfants dont les parents ne peuvent payer les frais de scolarité.

Les enfants sont de fait les principales victimes de la crise en RCA tant leur éducation et leurs opportunités d’avenir ont été brutalement emportées. Plus d’un million de filles et de garçons en âge scolarisable seront dans le besoin d’une assistance humanitaire en éducation en 2020, dont 156 000 enfants en situation d’handicap. Une nouvelle fois, cette situation dramatique s’explique tant par des faiblesses structurelles, liées aux défaillances de long-terme du système éducatif, qu'à l’impact de la crise sur ce dernier. Même si la stabilisation dans certaines zones du pays après la signature de l’APPR a permis le redéploiement de professeurs qualifiés et la diminution du nombre d’attaques contre le système éducatif, le nombre d’attaques contre le personnel enseignant a en revanche augmenté et 378 écoles du fondamentale 1 restaient non fonctionnelles lors de l’année scolaire 2018-2019.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs: To learn more about OCHA's activities, please visit https://www.unocha.org/.