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Sénégal : pour les familles de migrants portés disparus, le soutien de leur communauté est essentiel

Countries
Senegal
Sources
ICRC
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Derrière chaque personne disparue, il y a une histoire unique, souvent dramatique.

Les familles sont plongées dans l'incertitude après la disparition d'un proche et peuvent se trouver confrontées à de nombreuses épreuves : leur besoin de savoir les expose à des difficultés financières, juridiques ou administratives, auxquelles s'ajoutent parfois des problèmes psychologiques et psychosociaux liés à la perte ambiguë. Les leaders communautaires (Imam, Chefs de village, Responsables d'Associations des femmes et des jeunes) ont ainsi un rôle primordial dans le maintien de l'équilibre psychosocial de ces personnes, qui endurent au quotidien les affres liées à la disparition.

La perte ambiguë laisse perdurer le doute, le proche disparu étant peut-être encore en vie, quelque part. Sans une preuve tangible de décès, la famille ne peut pas organiser de cérémonie d'inhumation ni entamer son processus de deuil.

« Le fils de ma coépouse est parti, et depuis on a plus de nouvelles. Un jour, sa mère pleure disant que son enfant est mort. Le lendemain,elle est gaie, gardant espoir que son fils est toujours vivant. Que puis-je faire pour l'aider à surmonter cette situation ? », se demande Aissatou Sambou, femme du chef de village de Dougé, en face des responsables du projet d'accompagnement des familles de migrants disparus (FMD).

Cette situation est vécue par la plupart des personnes qui côtoient des familles vivant dans cette situation.

Pourtant, aborder cette question est le but principal des ateliers de sensibilisation des leaders communautaires dans les zones comme Goudiry et Maka Coulibantan. En effet, l'objectif est d'utiliser le soutien communautaire pour renforcer les capacités des familles de migrants à faire face aux difficultés engendrées par la disparition d'un proche et à reprendre progressivement l'équilibre psychosocial.

« Les familles ont souvent besoin d'aide pour faire face aux émotions qui les assaillent que sont : le désespoir, l'incertitude, la culpabilité, le sentiment d'isolement, la colère, l'épuisement mental, la confusion et anxiété » nous a confié Hala Yahfoufi , déléguée santé mentale CICR.

Pour Nicolas Mendy, Chef de projet FMD de la CRS, « Il est important d'établir une relation de confiance entre les leaders communautaires et les familles de migrants disparus. Pour les aider, il faut de la compassion et ne pas porter de jugement. C'est une double souffrance de perdre son enfant et se retrouver stigmatisé, isolé, parfois banni au sein de sa communauté. Si quelqu'un perd son enfant et que tu lui reproches d'être responsable, tu l'enfonces ».

À Goudiry et Maka, les leaders communautaires ont fini par reconnaitre leurs rôles dans l'accompagnement social et l'orientation juridique des familles de migrants. En plus, ils ont proposé des activités communautaires qu'ils vont mener eux-mêmes avec les familles. D'autres n'ont pas hésité à reconnaitre en public les dégâts de leurs discours envers les familles victimes.

« Je fais mon mea culpa et présente mes excuses. J'avais tort de faire des reproches à une femme qui a aidé son fils à partir. Outre la douleur liée à l'absence de l'être cher, disparu dans des circonstances souvent très difficiles, elle risque par ailleurs de voir sa situation sociale et financière se dégrader, car ce dernier était aussi son principal pourvoyeur de revenus. » - le chef de village de Dougé.

D'ailleurs, le choix n'est pas toujours simple pour les parents. Et les jeunes qui partent disent choisir entre « vivre dans la misère ou mourir pour l'espoir ». « Ceux qui arrivent en Europe en reviennent riches, et ceux qui restent sont toujours dans la misère», témoigne un parent. De plus, les jeunes ne demandent plus la bénédiction des parents pour partir.

« Le secret pour Agadez et l'Europe » Le fils d'Amy est parti en secret à Agadez. Il a ensuite fait comprendre à son père, qui s'opposait fermement à un tel voyage, qu'il tenterait de rejoindre l'Europe avec ou sans sa bénédiction. Aujourd'hui sans nouvelles, ses parents et sa femme patientent dans l'incertitude.

« Le prix de la liberté » La famille s'est cotisée pour payer le voyage d'un de nos fils qui n'est jamais arrivé à destination. Il a été pris en otage au cours du voyage et les ravisseurs demandaient la somme de 300'000 CFA (équivalant de 460 euros), que la famille a versé grâce à la vente de deux vaches. Depuis ce jour, nous n'avons plus de nouvelles.

Depuis 2014, la Croix-Rouge sénégalaise (CRS) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) mettent en place un programme d'accompagnement des populations affectées par la disparition des proches suite à la migration. L'objectif principal de sa « démarche d'accompagnement » est de renforcer la capacité des individus et des familles à faire face aux difficultés engendrées par la disparition d'un ou de plusieurs de leurs proches et à retrouver progressivement leur équilibre psychologique et psychosocial. Cela consiste entre autres à leur apprendre à vivre avec l'incertitude, notamment en utilisant leurs ressources propres ainsi que celles qui sont disponibles au sein de la communauté élargie – au niveau local et national. Le programme comprend quatre volets: le rétablissement de liens familiaux, l'appui psychosocial, le soutien socio-économique et la mobilisation institutionnelle.