Skip to main content

« D’un coup d’essai, un véritable coup de maître » Participation des femmes dans les forces de défense et de sécurité au Mali : un vecteur de confiance - Rapport de recherche-action participative, Octobre 2018

Countries
Mali
Sources
Interpeace
Publication date
Origin
View original

Introduction

L’histoire du Mali, de l’époque coloniale jusqu’à aujourd’hui, est parsemée de conflits non résolus se réactivant de façon quasi-cyclique. Les Maliens consultés dans le cadre des processus de dialogue menés par l’IMRAP et Interpeace depuis 2013 ont exprimé que, plus encore que les conflits eux-mêmes, c’est leur récurrence qui semble, aux yeux des populations, constituer un des principaux obstacles à la paix. Récurrence qui s’explique en grande partie par les limites et les défaillances dans les modes de gestion et de résolution des conflits déployés. En effet, que ce soit par le recours à la répression ou par le choix des voies de la négociation, les processus mis de l’avant tendent à porter en eux le germe du conflit suivant. De plus, les populations se sentent faiblement associées aux processus de recherche de solutions aux différends sur les plans national, régional et local. Elles se sentent abandonnées par l’État et, dans certains cas, éprouvent un désir de vengeance face aux débordements de violence, aux institutions et aux symboles qui le représentent, dont les forces de défense et de sécurité (FDS).

Les précédents processus de recherche-action participative (RAP) réalisés par l’IMRAP et Interpeace, dont les rapports « Autoportrait du Mali, les obstacles à la paix » et « Renforcement de la confiance entre les populations civiles et les forces de défense et de sécurité : diagnostic et solutions pour une paix durable au Mali » en sont les fruits, ont en effet mis à jour une « grave crise de confiance entre les populations et leur système de sécurité ». Le présent rapport représente la suite logique de l’engagement d’Interpeace et de l’IMRAP sur cette question.

Cette crise de confiance, et le manque de collaboration qui en découle, expliquent en partie à la fois la difficulté actuelle des FDS à faire face à l’urgence sécuritaire et les raisons profondes qui ont mené à la crise de 2012.

Dans un contexte d’insécurité et de violence armée continues, la protection de la population par les FDS est en effet considérée par les Maliens comme le rôle premier de l’État. Or, la situation actuelle prévalant au Mali, et particulièrement dans les régions du Centre et du Nord du pays, ne permet pas aux populations de sentir que leur sécurité est assurée. Les consultations de Maliens et Maliennes ont démontré que cette limitation des FDS à assurer pleinement leur rôle était à la fois la conséquence et la cause d’une grave crise de confiance entre les populations et ces dernières. Pour accomplir leur mission, et particulièrement dans un contexte de guerre asymétrique, les FDS doivent pouvoir compter sur la collaboration des populations. Or, cette collaboration ne peut espérer se produire que si un minimum de confiance existe entre ces dernières et les communautés.

Face à la difficulté des FDS à assurer leur sécurité, les populations, les femmes en premier lieu, continuent de s’en méfier. La faible participation des femmes dans la recherche de solutions durables aux conflits maliens et dans les cercles formels de décision apparait comme un contraste en comparaison à leur rôle important tant dans l’alimentation de ces conflits que dans leur résolution en dehors des sphères formelles. Ainsi, certaines recherches ou analyses tendent à illustrer cette faible participation paradoxale des femmes, des processus formels de pacification du Mali, en montrant que leur forte inclusion n’a jamais constitué une priorité. Dès lors, si les populations maliennes ont jugé prioritaire de rétablir la confiance entre les populations et les FDS,il est primordial d’inclure les femmes : cette inclusion demande leur participation à la fois dans les cercles décisionnels, mais aussi dans les organes de sécurité.

Il est difficile pour cette recherche de définir avec certitude le taux de participation des femmes au sein des FDS aujourd’hui au Mali. Cette recherche n’a pas vocation à faire une étude statistique de la participation des femmes au sein des FDS – cependant, il est globalement reconnu par les populations consultées, ainsi que par les interlocuteurs des FDS de cette recherche, que le nombre d’effectif féminin reste faible dans toutes les régions du Mali. Selon les données de DCAF/ISSAT, dans les corps de la Gendarmerie et Garde Nationale les effectifs féminins représentent moins du 3% du total, contre 7% et 6% dans l’Armée de Terre et l’Armée de l’Air respectivement. A Gao et Tombouctou notamment, on remarque l’absence totale de femmes dans les corps de Police et de Gendarmerie. L’inclusion et la participation des femmes au sein des FDS est donc non seulement un besoin d’ordre pratique mais aussi une étape fondamentale pour reconstruire la confiance entre les populations et les FDS, et donc pour la consolidation d’une paix durable au Mali.

C’est dans ce contexte que le présent processus a été mené, grâce au soutien du Fonds pour la consolidation de la paix des Nations Unies, dans le cadre du projet « Femmes, Défense et Sécurité : Participation des Femmes à la Réforme du secteur de la sécurité et au renforcement de la confiance entre populations et Forces de défense et de sécurité au Mali ». Un processus de RAP a été mené autour du renforcement de la confiance entre les femmes et entre les femmes et les FDS ainsi que de l’amélioration de leur participation dans ces forces. Ce rapport est le produit du processus de recherche sur cette dernière thématique : le rôle des femmes dans le renforcement de la confiance entre la population et les FDS, en passant par leur participation au sein de ces dernières. Les résultats de cette RAP s’inscrivent dans les processus précédents d’Interpeace et de l’IMRAP, visant à contribuer au renforcement de la confiance entre FDS et populations au Mali,19 accent mis, cette fois, sur l’amélioration de la confiance entre les femmes et les FDS et sur la promotion de leur participation dans les rangs de ces dernières. Le projet « Femmes, Défense et Sécurité » a été mis en œuvre d’avril 2017 à septembre 2018, dans les régions de Tombouctou, Gao et dans le District de Bamako avec une large dissémination des résultats dans les régions de Kayes, Koulikoro, Ségou et Sikasso. Le projet a été présenté dans les camps de réfugiés maliens au Burkina Faso, Mauritanie et Niger, avec une dissémination des résultats dans le camp de réfugiés de Mberra en Mauritanie.

La présente recherche a mis en exergue la nécessité d’une plus grande inclusion des femmes au sein des FDS. En effet, qu’elles soient de la société civile, épouses des agents des FDS ou personnel féminin des différents corps des FDS, les femmes sont parmi les acteurs principaux du renforcement des relations de confiance entre populations et FDS ainsi que de la paix et de la cohésion sociale. Au-delà du simple « droit de la femme », la participation des femmes au sein des FDS constitue donc un facteur essentiel qui favorise la confiance entre les communautés et les FDS et qui représente, aux yeux des populations, un réel besoin pour parvenir à une paix durable.

Ce rapport ne prétend aucunement être exhaustif. Il se veut être un aperçu des défis à la participation des femmes au sein de FDS et une base susceptible d’ouvrir la voie à des recherches de solutions et d’actions concrètes afin de contribuer activement au rétablissement de la confiance entre les populations et les FDS et au retour d’une paix durable au Mali.