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Mener un combat silencieux : la guerre dont on ne parle pas

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UN Environment
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« Avant, nous disposions de bois de chauffage à proximité, mais désormais, nous devons parcourir de longues distances pour aller en chercher, les femmes ont tendance à revenir tard de la brousse. » Tel est le témoignage d'une communauté de femmes de la région de Barh el Ghazal, au Tchad, pays enclavé d'Afrique centrale.

« Récemment, il y a eu des tentatives de viol, mais des personnes sont intervenues à temps » , ont ajouté les femmes d'une autre communauté. « Nous entendons toujours dire que des femmes sont violées dans les villages voisins alors qu’elles vont chercher du bois ou se rendent au marché. Pour éviter cela, nous nous déplaçons en groupe lorsque nous parcourons de longues distances. »

À première vue, le lien entre la violence à l'égard des femmes et des filles et la résilience des communautés face aux catastrophes ou aux crises environnementales n'est pas évident. Mais quand les communautés dépendent d'environnements fragiles, leur vulnérabilité est accentuée.

Les femmes de ces communautés, suivies par des chercheurs du programme BRACED - qui aide les communautés à renforcer leur résistance face à des phénomènes climatiques extrêmes - sont également engagées dans une autre bataille.

En effet, elles doivent mener un combat quotidien contre la sécheresse, l'envasement d'ouadis ou de ruisseaux semi-permanents, de graves pénuries alimentaires qui touchent une personne sur cinq, l'instabilité militaire, la migration, la hausse des prix des denrées alimentaires, les précipitations extrêmes et la déforestation.

« La dynamique complexe des relations de pouvoir entre hommes et femmes est encore compliquée lorsque les communautés dépendent de facteurs sur lesquels elles n'ont aucun contrôle : la météo et la dépendance à l'égard d'écosystèmes fragiles », déclare Victor Tsang, responsable des politiques à ONU Environnement.

La violence non conflictuelle est un phénomène mondial. Une femme sur trois dans le monde a subi des violences physiques ou sexuelles, principalement de la part d'un partenaire intime. Pourtant, dans les pays où les communautés dépendent déjà d’écosystèmes fragiles, la violence quotidienne est accrue.

« Les mauvaises récoltes, la sécheresse et les inondations : tout cela crée une incertitude supplémentaire pour des communautés déjà vulnérables. Nos études démontrent que les changements climatiques augmentent le risque pour les activités telles que l'agriculture, dont les familles dépendent pour se nourrir et gagner de l'argent. Trop souvent, il peut y avoir des conséquences sur les relations entre les sexes et alimenter les conflits internes, y compris la violence ».

« L'inégalité entre les sexes inhérente aux droits fonciers est l'une des causes sous-jacentes de cette situation. Dans les pays où les hommes se considèrent comme des propriétaires fonciers légitimes, que ce soit selon la loi ou la coutume, ils tentent de contrôler les produits des terres, alors que ce sont principalement des femmes qui s'occupent des cultures », déclare Victor Tsang.

« De telles situations sont très fréquentes en Afrique subsaharienne, et sont aggravées par les effets des changements climatiques, comme des saisons sèches prolongées, ce que démontrent les récents travaux d'analyse de genre d'ONU Environnement en Ouganda et au Sud-Soudan », ajoute-t-il.

Dans les zones régulièrement touchées par des sécheresses ou des inondations, il est essentiel d'aider les femmes et les hommes à gérer leurs ressources humaines, sociales, naturelles, économiques et matérielles, ou leur capital. Cela implique, par exemple, de donner aux hommes et aux femmes les moyens de reprendre le contrôle de la génération de revenus.

Afin de renforcer la capacité des communautés en matière d'adaptation basée sur les écosystèmes il est nécessaire de renforcer la résilience aux effets des changements climatiques, tels que des schémas de précipitations irréguliers, par le biais de la conservation, de la restauration et de la gestion durable des écosystèmes naturels.

« Les luttes des femmes et des filles ne sont qu'un aspect de la situation. Pour lutter efficacement contre la violence au sein des communautés, nous devons impliquer les hommes et les femmes. Écouter les femmes et les hommes peut nous aider à comprendre comment les changements environnementaux façonnent la dynamique sociale », affirme Victor Tsang.

S'appuyant sur sa propre politique en matière d'égalité des sexes, ONU Environnement s'efforce de mener une analyse sexo-spécifique basée sur le contexte de chacun de ses projets.

« ONU Environnement continue de jouer un rôle crucial en aidant les communautés à lutter ensemble contre la violence. Il faut pour cela renforcer les écosystèmes environnementaux dont ils dépendent et améliorer le contrôle exercé par la communauté sur les ressources naturelles et la génération de revenus », explique Victor Tsang.

« Les femmes ne devraient pas avoir à marcher aussi longtemps pour ramasser du bois de chauffage et être ainsi exposées à un risque contre leur personne. Pour aider les communautés qui dépendent d'un environnement fragile, il est nécessaire de discuter et de s'attaquer à des problèmes sociaux tels que la violence sexiste. »

ONU Environnement participe à la campagne «Tous unis pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes», gérée par ONU Femmes, au cours des 16 prochains jours, le thème mondial de cette année est : Orangez le monde : #EcoutezMoiAussi.

La campagne s’appuie sur les mouvements récents et appelle le public à être solidaire avec les défenseurs des droits des victimes et les défenseurs des droits des femmes qui œuvrent pour prévenir et mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles.

Pour en savoir plus, suivez #EcoutezMoiAussi et rejoignez la conversation mondiale #orangezle monde.