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Rapport Périodique de Monitoring: Plan de Réponse Humanitaire de janvier à juin 2018 – République centrafricaine

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OCHA
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Contexte humanitaire

La situation sécuritaire en République centrafricaine a continué à se détériorer pendant le premier semestre de l’année 2018. Elle a été marquée par la recrudescence de la violence, avec l’émergence de nouveaux foyers de tension et la résurgence de conflits dans plusierus régions. Cette instabilité chronique a continué de susciter de multiples mouvements de populations. Ainsi, à la fin du mois de juin 2018, 608 028 personnes étaient encore des déplacées internes.

Ce chiffre marque une diminution de 12% des déplacements par rapport à décembre 20171 mais les atteintes à la liberté de mouvement restent encore un défi majeur à la protection des civils. Plus de 60% de personnes déplacées internes (PDI) sont hébergées dans des familles d’accueil dont les capacités ont été entamées par l’impact de la crise et souvent ayant un accès très limité aux biens et aux services de base. L’assistance ciblant les ménages de PDI en raison de l’insuffisance des financements, a été, dans plusieurs cas, à l’origine des tensions entre les familles hôtes et les déplacés et ont engendré plusieurs problèmes de protection. Des populations à risque se trouvent encore dans certains sites, y compris à Ippy, à Alindao et à Tagbara, avec une liberté de mouvement très limitée et un accès très réduit aux services de base. Les déplacés du site de Bangassou bénéficient d’une plus grande liberté de mouvement et d’accès aux services depuis le déploiement des Forces armées centrafricaines (FACA) au début du mois de juin.

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), à la fin du mois de juin, 573 357 Centrafricains étaient réfugiés dans les pays limitrophes. Cela représente une augmentation de 6% depuis le début de l’année.

La population civile continue de payer le prix de la violence et elle reste confrontée à une crise de protection complexe. Entre janvier et juin 2018, le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a recensé 1 674 cas de violations graves des droits de l'homme et du droit international humanitaire (DIH), dont 2 821 victimes (1 643 hommes, 394 femmes, 507 enfants et 128 filles et 299 autres victimes non identifiées).

Les groupes armés ont commis 57% de ces violations tandis que les forces de sécurité nationales en ont commis 43%. Le nombre de violations enregistrées au premier semestre 2018 représente 59% du nombre de violations documentées en 2017. Des cas d’attaques ciblant la population ont été signalés, en particulier dans les zones de Paoua, Bangassou, Ippy, Bria, Alindao, Rafai et Zemio.

Les civils font entre autres face à des violations des droits de l'homme et du DIH, y compris des attaques ciblées contre les travailleurs humanitaires, leurs biens et infrastructures. En outre, dans certaines parties du pays, la violence est perpétrée sur des bases ethniques et religieuses. Les attaques répétées contre des établissements de santé (y compris la mort de patients) sont très préoccupantes. Ces dernières ont été perpétrées dans des localités telles que Ippy, Bangassou, Gambo, Alindao, Zemio et Bangui.

Dans le premier semestre de l’année 2018, le monitoring de protection a rapporté 6 629 incidents de protection, en moyenne 917 par mois, dans les zones affectées par l’insécurité et la violence. A ce jour, douze sous-préfectures ne sont pas couvertes par le monitoring de protection faute de financement.

En ce qui concerne la problématique des violences basées sur le genre (VBG), de janvier à mai 2018, le Genderbased Violence Information Management System (GBVIMS) a enregistré 3 920 cas, ce qui représente une augmentation de 22% par rapport aux 5 derniers mois de 2017. Ces données ne traduisent pas une tendance, mais elles interpellent sur l’importance de continuer à renforcer les efforts de prévention et de réponse. Les acteurs de VBG ont noté, par ailleurs, une recrudescence des cas de mutilations génitales féminines (MGF) dans la sous-préfecture de Bakala, préfecture de la Ouaka.

Dans le cadre de la sécurité alimentaire, le faible capital productif au niveau national a entrainé un manque de capacité d’investissement limitant ainsi la reprise et le développement des activités agricoles et économiques. En effet, plus d’un tiers des ménages (33%) n’ont pas cultivé cette année (contre 30% en 2016) en raison principalement du manque des semences, de l’insécurité et du manque d’outils et matériels agricoles (ENSA3 ICASEES4/PAM 2017).

Selon les résultats projetés de l’analyse IPC, 2 millions de personne, soit 43% de la population totale de la RCA, sont en insécurité alimentaire aigue (IPC Phase 3&4). Ce rapport IPC indique que les populations les plus vulnérables se trouvent dans les villes principales des préfectures touchées par le conflit (Alindao, Obo, Bria, Rafai/Bangassou, Kaga-Bandoro, Bambari, Batangafo et Paoua). Ces centres urbains regroupent de fortes proportions de populations déplacées, réparties pour un tiers dans des sites d’accueil et pour deux tiers dans des familles hôtes.

La persistance des conflits continue d’aggraver les difficultés auxquelles les populations étaient confrontées dans des zones où les indicateurs Eau, hygiène et assainissement (EHA) étaient déjà très bas. En effet, dans ces souspréfectures, le taux moyen de couverture en eau potable est inférieur à 50% avec un taux de défécation à l’air libre estimé à plus de 48%. La conjugaison de ces facteurs met à risque les populations dans la mesure où les problèmes de santé sont très souvent causés par un manque d’hygiène dû à un approvisionnement insuffisant en eau et à l’utilisation d’eau impropre à la consommation.

Le besoin d’assistance en éducation d’urgence s’est aggravé par la recrudescence des conflits dans plusieurs localités des préfectures du Haut-Mbomou, du Mbomou, de la Ouaka, de l’Ouham et de l’Ouham Pendé. Ces conflits ont entrainé le déplacement d’environ 270 000 enfants en âge préscolaire et scolaire dont près de 116 000 seraient en rupture scolaire. 315 écoles seraient actuellement fermées dont 24 attaquées/occupées. Ce qui porte à 85 le nombre total des cas d’attaques rapportés contre le système éducatif depuis 2017.

La dégradation accrue de la situation sécuritaire, a ajouté une contrainte supplémentaire à la problématique de l’accès aux populations affectées par les violences en RCA. L’accès physique à ces populations est particulièrement préoccupant. Le réseau routier de la République centrafricaine est fortement dégradé avec des centaines de ponts et bacs endommagés voire impraticables. Cette situation est exacerbée par les inondations provoquées par des infrastructures défaillantes lors de la saison des pluies. L’accès des acteurs humanitaires aux zones affectées est également limité par les actes de banditisme et les activités des groupes armés. Les obstacles à la libre circulation des personnes et des biens se sont intensifiés avec l'augmentation des barrières illégales sur les routes.

Sur le plan sanitaire, deux flambées épidémiques de Monkeypox ont été observées à Ippy (mars 2018) et à Rafaï (avril 2018). Le bilan est respectivement de 6 cas confirmés par le laboratoire et 0 décès à Ippy et 3 cas confirmés et 1 décès à Rafaï. Ces épidémies ont été contrôlées grâce aux efforts conjoints des partenaires du Ministère de la santé. Un plan de contingence a été élaboré pour prévenir la surveue de l’épidémie à fièvre hémorragique Ebola.

La Centrafrique reste l’un des pays les plus dangereux au monde pour les humanitaires : Les violences perpétrées par les groupes armées sont aussi dirigées contre les acteurs humanitaires et leurs installations. Des missions humanitaires continuent d’être interceptées et attaquées lorsqu’elles se dirigent vers les populations qui ont besoin d’assistance. Les actes de violence et pillages des organisations humanitaires ainsi que les agressions du personnel sont survenus systématiquement dans les dernières vagues de violence qui ont touchées certaines zones du pays.

Depuis 2017, 18 installations médicales ont été attaquées et sept membres du personnel médical tués. Malgré un niveau d’insécurité inédit depuis 2015, les acteurs humanitaires continuent à répondre aux urgences et à sauver des vies dans l’esprit du « Stay and delivery » parfois au détriment de leur vie.

181 incidents affectant directement les personnels et biens humanitaires ont été enregistrés dans le premier semestre, comparé à 123 à la même période en 2017. Une accéleration des actes de violence contre les acteurs humanitaires a été rapporté entre avril et juin 2018, avec 118 incidents comparé à 63 durant le 1er trimestre 2018.

Depuis le début de l’année 2018, 3 personnels humanitaires ont perdu la vie dans le cadre de leur mission et deux ont été bléssés.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs: To learn more about OCHA's activities, please visit https://www.unocha.org/.