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Bulletin humanitaire République centrafricaine Numéro 37 | juillet/août 2018

Countries
CAR
Sources
OCHA
Publication date

FAITS SAILLANTS

  • Les violences contre les acteurs humanitaires et les civiles restent en hausse. Depuis le début de l’année à la fin de juillet 2018, 7 265, incidents de protection, à travers le pays, ont été enregistrés et 6 humanitaires ont été tués. Le nombre d’incidents à l’encontre des humanitaires a pratiquement doublé entre le 1er et le 2ème trimestre de l’année 2018, passant de 63 à 118 en juin, pour un total de 272 incidents au 31 août.

  • La fin du premier semestre, le Plan de réponse humanitaire n’était financé qu’à hauteur de 31%. Ce niveau est bien inférieur de la moyenne globale de 40,1%.

CHIFFRES CLEFS

# de personnes déplacées 614 679

# de réfugiés centrafricains 572 062

Population ayant besoin d’une aide humanitaire 2,5 M

Population touchée par l’insécurité alimentaire 2 M

FINANCEMENT

515,6 millions $ requis pour le Plan de réponse humanitaire en 2018

159,7 millions $ ont déjà été mobilisés, soit 31% des fonds requis

OCHA encourage les partenaires et les bailleurs à rapporter leurs financements à travers le Financial Tracking Service (FTS). Cette action collective permet de suivre dans la transparence le taux de financement du Plan de réponse humanitaire, analyser les gaps et les besoins et prendre les décisions stratégiques appropriées pour l'allocation des fonds.

La réponse à la crise à Paoua, un succès de la communauté humanitaire

Une réponse adaptée à l’urgence

La sous-préfecture de Paoua dans l’Ouham Pendé, a été frappée par le regain de violence que la République centrafricaine a connu de décembre 2017 à mars 2018. Les affrontements entre groupes armés dans les villages situés dans un rayon de 50 km au Nord et à l’Est de Paoua ont provoqué le déplacement de 76 238 personnes vers la ville de Paoua qui ne comptait pas plus de 23 000 habitants.

Devant la soudaineté de la crise et l’ampleur des besoins, la communauté humanitaire s’est rapidement mobilisée pour apporter une réponse non seulement aux besoins des déplacés mais aussi à ceux de la communauté d’accueil dont les capacités ont été vite épuisées. Au début du mois de mars, une allocation sur la réserve du Fonds humanitaire pour la RCA (FH RCA) d’un montant de 2 millions de dollars permettait de renforcer la réponse dans cette région. Ainsi, dans un délai assez court, la réponse humanitaire a été à la hauteur des besoins. L’appui de la MINUSCA qui a sécurisé un rayon de 50 km a permis un retour massif, soit 80% des déplacés dans leurs villages d’origine au mois d’avril.La réponse apportée par les acteurs humanitaires a été suivie de près par la Coordonnatrice humanitaire, Najat Rochdi, qui s’est rendue successivement à Paoua du 11 au 12 janvier et du 22 au 23 août avec la Ministre de l’Action Humanitaire et de la Réconciliation Nationale de la République Centrafricaine ainsi que des Représentants du HCR, de l’OIM et le Chef de Bureau de OCHA.

Cette mission avait comme objectif d’une part, de comprendre et évaluer la situation humanitaire et les conditions de retour des personnes retournées dans leurs villages d’origine sur les axes Nord et Nord-ouest de Paoua et, d’autre part, se rendre compte de la mise en œuvre des activités et de l’impact des projets humanitaires.

Les partenaires humanitaires ont mis en place des cliniques mobiles dans les quartiers où les déplacés étaient le plus nombreux pour leur permettre d’accéder à des soins de santé gratuits. Sur 17 300 enfants ciblés, 15 628 ont été vaccinés contre la poliomyélite dont 5 775 enfants des familles d’accueil à Paoua. De même sur 15 560 enfants 13 884 enfants déplacés ou issues de la communauté hôte ont été vaccinés contre la rougeole, la rubéole, les oreillons et la varicelle ; soit des taux de couverture vaccinale variant entre 89,2% et 90%. Par ailleurs, grâce au financement du FH RCA, l’OMS a pu acquérir des médicaments permettant une prise en charge des formations sanitaires de Paoua pendant 6 mois.

L’allocation du FH RCA a aussi permis aux partenaires de prendre en charge et de prévenir la malnutrition aiguë sévère et modérée en faveur des enfants de moins de 5 ans, des populations hôtes et déplacées. Une campagne de distribution de moustiquaires a bénéficié à 22 000 personnes (déplacés et familles hôtes) à Paoua et dans le village voisin de Betokomia 1 qui a accueilli un grand nombre de déplacés. 25 abris et 7 cuisines communautaires ainsi que 10 abris familia ux ont été construits. La reprise progressive des activités scolaires pour les enfants de Paoua et ceux déplacés a été facilité par la distribution de 9 010 kits scolaires dans 11 écoles. 15 salles de classe ont été construites pour les élèves déplacés et 97 enseignants ont été recrutés.

Vers une dynamique de retour encourageante

A partir du mois d’avril, une amelioration de la situation sécuritaire a permis le retour de 67 323 personnes. Les déplacés, composés en majorité d’agriculteurs, ont profité du retour de la sécurité afin de relancer leurs activités agricoles.

Les retours se sont accélérés depuis le mois de juin vers plusieurs localités au nord du Paoua. C’est le cas du village de Betoko, à 45 km au nord de Paoua. Près de 12 500 personnes sont revenus sur l’axe Paoua-Beboura à l’Est et 26 848 sur l’axe Bétoko-BémalBémbéré au Nord. Sur l’axe BebouraBemal plus de 90% de retour ont été enregistrés. La mission a noté, dans plusieurs villages, la reprise des activités agricoles.

En juin, seuls 9 330 personnes étaient encore déplacées à Paoua. Les acteurs humanitaires ont donc redéployé leur assistance vers les zones de retour situés au Nord et à l’Est de Paoua. Des coupons alimentaires ont été distribués dans plusieurs villages ainsi que des semences et des articles non alimentaires afin de faciliter la réinstallation des déplacés et de relancer la saison agricole. Cette région est connue pour être un des principaux greniers de la Centrafrique. Des projets de relèvement ont servi de pilote notamment le programme d’achats pour le progrès (P4P) du PAM.

Les défis pour les retournés

La réhabilitation des maisons, l’acces à l’eau et le manque d’infrastructures fonctionnelles, notamment de santé, font parties des défis dans les zones de retour . Par exemple, à Benamkor à 30 km au Nord-Ouest de Paoua, plus de 1 314 maisons ont été incendiées lors de la crise en mars. La plupart des structures de sante ont été désertées par le personnel soignant et laissées à l’abandon comme à Benamkor. Certaines formations sanitaires, comme cela a été le cas dans les villages de Beboye 3 et de Betoko, ont été pillées. Une première réponse a été la distribution de 3 100 moustiquaires dans le cadre de la prévention contre le paludisme à 2 149 ménages retournés dans la commune de Nana-Barya pour ne citer que cette localité. De même, des acteurs de la santé envisagent de rédiger les cliniques mobiles qui avaient été déployées à Paoua dans les zones de retour. Cependant, beaucoup reste à faire tellement les dégâts sont importants. Lors d'un entretien avec un groupe de femmes dans le village Beogombo, à 60 km de Paoua, Nadia1 femme enceinte retournée, a interpellé la délégation par rapport aux difficultés qu'éprouvent les femmes à se faire soigner. "Depuis le retour dans notre village au mois de juin, nous n'avons pas accès aux soins de santé. Il n'y a pas de centre médical ici ni proche de notre village. Nous sommes obligées de parcourir plus de trente kilomètres vers la localité de Betoko avant d'avoir accès aux soins. Et une fois arrivée là-bas, les soins sont payants Mais, où allons-nous trouver l'argent ? Nous avons besoin d’un centre de santé et accéder aux soins".

En conclusion, la mission conduite par la Coordonnatrice humanitaire a constaté les défis pour les retournés. Dans toutes les localités visitées par la délégation, les principales préoccupations exprimées par la population sont l’amélioration de la sécurité et la protection contre la violence générée par les groupes armés. La Coordonnatrice humanitaire a recommandé d’accélérer l’appui aux retours dans la zone comme un moyen de mettre fin aux besoins humanitaires.